Véhicules autonomes

Les freins sociétaux et conclusion

C’est au cours de notre entretien avec Jean-Luc Maté que nous avons pris conscience d’une chose : outre les multiples défis technologiques, c’est peut-être nos sociétés elles-mêmes qui freineront le plus le développement et l’émergence de la voiture autonome.

Une particularité française?

En France, de nombreux signes tendent à prouver que nous ne sommes pas prêts à renoncer au contrôle intégral de nos voitures. Par exemple, alors que les boites automatiques équipent pratiquement tous les véhicules aux États-Unis ou au Japon, elles ont toutes les peines du monde à s’imposer en France. Plus qu’une simple réticence face à la technologie, c’est notre culture latine voire « machiste » de la conduite qui est en cause.

Les boites automatiques ne sont pas les seules « victimes » de ce scepticisme français à l’égard de l’autonomisation des véhicules. Les régulateurs de vitesse, pourtant intégrés d’office dans la plupart des voitures, demeurent encore majoritairement boudés par les Français. Alors qu’en pratique, ces dispositifs permettent de réduire sa consommation de carburant, de se concentrer davantage sur la route plutôt que sur le compteur de vitesse et ainsi, de rendre la conduite sur autoroute beaucoup plus agréable, en France les régulateurs de vitesse restent souvent associés au phénomène des « voitures folles ». Et pour preuve, pas plus tard qu’en décembre 2016, le réalisateur franco-espagnol José Garcia a fait du sujet des « voitures folles » la trame principale de son film comique À fond. Ces voitures, dont le régulateur de vitesse auraient rendues inarrêtables constituent une sorte de traumatisme originel au sein de la société française vis-à-vis des technologies permettant une autonomie accrue.

La crainte de l’autonomie.

Mais le problème de l’acceptation de l’autonomie des véhicules n’est pas seulement franco-français. En effet, on peut se demander la réaction qu’aura la société dans son ensemble à confier sa vie directement aux machines. Le problème apparaît contradictoire car le pragmatisme nous amène sans hésitation au choix de l’autonomie bien moins dangereuse que la conduite. Pourtant, beaucoup n’oseront pas confier leur vie à leur voiture par crainte de l’accident. Ce paradoxe est le même que la phobie des avions. Alors que le nombre de mort et d’accident est bien plus faible par transport en avion qu’en voiture, beaucoup de personne ont peur de monter dans un avion et pas dans une voiture. Cette peur est dû à l’inconnu et l’ignorance de leur fonctionnement. Aussi, même si la voiture autonome apporte objectivement une meilleure sécurité, une partie de la population refusera de les utiliser par une peur de l’inconnu.

Une question philosophique quant à l’éthique des machines se pose aussi (comme nous vous l’expliquons dans cet article). Cependant,  problème sociétal apparaît  pour beaucoup surestimé. Du point de vue des développeurs, chaque accident ne doit pas amener à se demander quelle éthique donner à la voitures, mais comment résoudre les failles du systèmes qui ont pu mener à cet accident. Quant à la crainte des utilisateurs, les personnes que nous avons pu rencontrer jusqu’ici pensent que le pragmatisme triomphera grâce au bien être et à la sécurité que l’autonomie apportera.

Une résistance sociale?

Outre la peur de la défaillance technologique, c’est peut-être davantage la peur des conséquences sociétales engendrées par les véhicules autonomes qui ralentiront le plus leur démocratisation. Car, si la fabrication et la diffusion des véhicules autonomes créeront assurément de nombreux emplois, il ne faut pas oublier qu’ils provoqueront aussi inévitablement la destruction de certains autres (conducteur de taxi, chauffeur de bus, chauffeur de poids-lourd, etc.). À la lumière du conflit opposant taxis et VTC et de cette habitude que nous avons à vouloir préserver les emplois à tout prix, il n’est pas incongru d’imaginer que l’émergence de la voiture autonome sera ralentie par ceux qui y verront une menace pour leur propre emploi.

Conclusion

 

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