Interview réalisée lors de notre visite au bar Avalon en février dernier.
Vous pouvez retrouver l’article précédent sur le bar Avalon en cliquant ici.

Nous : “Bonjour, est-ce que vous pouvez nous rappeler brièvement le concept de votre bar ?

Avalon : En fait, on a décidé il y a un an et demi d’avoir un concept de réalité virtuelle qu’on proposerait pour la première fois au grand public. On propose en effet des sessions de jeu entièrement sans fil où les joueurs sont immergés dans un scénario. Et vu que c’était encore absent du marché du divertissement, on s’est dit que c’était un bon créneau pour se lancer là-dessus. Donc voilà, on s’est lancés et ça fait à peu près un an que nous sommes ouverts au public. Notre pari est gagnant puisque pour l’instant c’est une activité qui plaît beaucoup.

Nous : Vous avez dit qu’avant d’ouvrir ce concept, vous saviez que c’était nouveau et donc que c’est pour ça que vous l’avez lancé, que c’était parce que personne ne le faisait. Moi je voulais savoir, avant d’ouvrir ce bar, est-ce que vous aviez des prédispositions pour la réalité virtuelle avant d’ouvrir cette entreprise ou pas du tout ? Qu’est-ce qui vous a vraiment fait vous intéresser à ce domaine, est-ce que vous travailliez par exemple avant dans ce domaine-là ou quelque chose comme ça ?

Avalon : Non, moi avant je travaillais dans l’informatique, et après je suis un gros joueur, je suis de très près les nouvelles technologies, et l’actualité des jeux vidéo d’autant plus. Alors forcément, j’en avais déjà discuté, j’avais déjà essayé plusieurs casques de la réalité virtuelle, on ne s’est pas non plus lancés à l’aveuglette sans savoir où on allait, bien sûr.

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N : Comment avez vous été reçu avec votre projet par les investisseurs ?

A : Très mal, au point que nous n’avons pu recevoir aucun financement extérieur, donc nous avons dû nous tourner vers un investissement personnel. Déjà, quand on présente un projet de restauration à des banquiers, ils sont tout de suite très frileux, la banque qui nous suit nous a très nettement dit qu’elle ne prenait aucun projet en restauration. Donc à partir de ce cas-là, ça a été très vite vu. On aurait pu avoir une démarche de sponsoring et faire appel à des marques qui aurait pu plus tard placer leurs produits, mais on voulait quand même garder l’autonomie de notre projet pour le mener comme nous le voulions.

N : Avez-vous rapidement amorti les coûts des installations ?

A : Le matériel qu’on a est très innovant donc forcément ça coûte beaucoup et on est encore loin de l’amortissement. Dans un an si tout va bien on aura amorti le matériel mais pour l’instant non.

N : Est-ce que le coût de vos technologies a un impact sur les consommations ?

: Oui bien sûr, c’est quelque chose qu’on cherche à amortir. Nos séances de jeu sont vraiment peu cher, par rapport à l’investissement que nous avons mis dessus. Après nous avons choisi d’avoir une cible élargie et de couvrir un périmètre de passage et de curieux sur ce type d’activités-là. Après non, on n’amortit pas la réalité virtuelle avec les sessions à sept euros, c’est vraiment un prix d’appel.

N : Est-ce que vous pensez que les nouvelles technologies vont vraiment envahir le domaine de la restauration ? Est-ce que vous pensez être sur un créneau ou sur une niche ?

A : C’est un peu une niche mais après on arrive à avoir une clientèle très très large, notre cœur de cible c’est vraiment une population de jeunes actifs qui portaient déjà un intérêt aux nouvelles technologies. Mais on a découvert que les parents, de la famille, qui ne sont pas spécialement portés sur le jeu, peuvent venir découvrir et s’amuser dessus, soit sur la VR (ndlr : Virtual Reality = Réalité Virtuelle) ou sur les tables tactiles.

N : Et vous pensez que la VR ça va apporter un changement dans la consommation du multimédia en général ?

A : Oui bien sûr, là on n’en n’est qu’au début. Mais on est en train de voir une augmentation de ces ressources-là, que ce soit dans le milieu médical, ou dans les cabinets d’architecture où la réalité virtuelle peut vraiment apporter un plus sur des prestations. Dans l’industrie, c’est déjà en train de se développer. Un collègue de chez Airbus travaille avec de la réalité virtuelle depuis un petit moment déjà, donc voilà, ça peut servir les pros et les particuliers.

N : Justement, à propos de la population j’ai une question : ici la réalité virtuelle et les tablettes sont vraiment là dans un but de divertissement ; on peut imaginer qu’à l’avenir le métier se place hors-divertissement, pas forcément la réalité virtuelle mais plutôt les nouvelles technologies en général, que ce soit la logistique, la prise de commande…

A : Oui dans un futur proche, c’est plutôt onéreux comme investissement donc à moins d’avoir une activité centrée là-dessus on ne va pas se lancer et avoir un centre de profit énorme si c’est pas quelque chose qui est au cœur du projet. Mais après oui bien sûr quand ce sera bien développé, parce que toutes les structures sont en train de mettre la main à la pâte, de travailler avec la réalité virtuelle, à l’avenir bien sûr, on aura tous les jours l’occasion d’avoir de la VR ou de la réalité augmentée pour nous aider sur toutes les tâches du quotidien.

N : Et justement vous n’avez pas peur qu’un jour la réalité virtuelle devienne tellement accessible que justement il n’y ait plus besoin de venir dans un bar pour la pratiquer ?

A : Oui c’est pour ça qu’on a lancé ça il y a un an. Parce qu’on savait que la réalité virtuelle allait exploser et que par ce fait ça allait susciter de l’intérêt. Donc avant d’acheter un casque à 900 euros avec le boîtier à côté qui vaut bien 2 200 euros, on a envie de savoir, on se pose la question de savoir si on est prêts pour ce type de technologie-là, et c’est pour cela qu’on va aller l’essayer avant, justement dans ce souci-là. Est-ce que ça me plaît ? est-ce que ça ne me plaît pas? Avant de me lancer et d’acheter un équipement assez conséquent, je vais l’essayer.

vlcsnap-2017-04-26-11h04m18s298N : Y’a-t’il d’autres entreprises qui concurrencent vos fournisseurs ?

A : Ils sont tous seuls, quand nous avons démarré le projet on s’est bien sûr posé la question de savoir vers quel type de technologie s’orienter. Et il faut savoir que Microsoft, HTC, et les autres constructeurs qui vendent ça aux clients finaux, ne mettent pas à disposition de licence commerciale. Donc si moi demain, je veux avoir un revenu grâce à de la réalité virtuelle, si j’achète un casque chez Oculus, je n’ai pas le droit commercialement, de l’exploiter et d’avoir des revenus à partir de cette prestation-là, parce qu’ils ne laissent pas de licence commerciale disponible. C’est ce qui est légal. Comme vous savez de plus, quand vous achetez un jeu, vous avez toujours des conditions générales de vente, qui indiquent bien que le jeu est réservé à une utilisation familiale, on peut faire jouer des amis dessus, mais en aucun cas vous pouvez avoir une liste d’attente chez vous, faire payer des gens pour jouer dix minutes dans votre salon, c’est interdit. Pour l’instant, le fournisseur VR Cade est celui qu’on a choisi.

N : Sur votre site vous avez écrit que vous étiez les premiers en France. Est-ce toujours le cas aujourd’hui ?

A : Non, on a des concurrents qui commencent à se monter, mais à ce que j’ai pu en voir – après je connais pas les accords qu’ils ont eus avec les fournisseurs de matériel – ils se sont adressés à des géants industriels – à l’époque, quand on a commencé – qui ne font signer aucune licence commerciale, donc je pense qu’ils font ça dans la clandestinité la plus totale, c’est pourquoi on n’a pas encore de concurrents très très sérieux. A mon avis ce type de projets-là vont vite se casser la figure, dû justement à l’utilisation commerciale qu’ils font de leurs produits.

N : Et du coup on dit que les nouvelles technologies ça intéresse surtout les jeunes ; est-ce que la clientèle que vous attirez ici ce sont surtout des jeunes, ou vous attirez des personnes plus âgées ?

A : Alors justement, on est très contents d’attirer des personnes de 40 ans, voire même au-delà, qui viennent en famille parce que bien sûr, ce sont leurs enfants ou leurs petits-enfants qui leur en ont d’abord parlé, mais eux se prennent au jeu, ils sont très contents de découvrir ce type de divertissement, que ce soit pour les tables tactiles à l’étage ou là, avec la réalité virtuelle. Donc ça séduit vraiment beaucoup de personnes.

N : Et en général votre clientèle c’est plutôt des clients qui reviennent plusieurs fois ou c’est plutôt des nouveaux clients ?

A : Alors on est encore dans une phase de découverte, on a bientôt un an d’ouverture ; mais on a bien sûr un noyau d’habitués qui viennent parce qu’ils ont essayé les jeux et que ça leur a plu, mais surtout qui viennent et reviennent pour la cuisine aussi, pour l’ambiance, pour le pub, pour les soirées spéciales que nous proposons en semaine, donc voilà, il n’y a pas que le jeu.

N : Est-ce que vous avez déjà eu des clients qui ont déjà été déçus ou mécontents de leur expérience en réalité virtuelle ?

A : Oui, bien sûr. J’ai déjà eu des clients qui n’avaient jamais essayé un casque de réalité virtuelle, et qui donc n’avaient aucun référentiel de comparaison, et qui ont été déçus par des détails comme le rendu graphique, l’impossibilité de jouer en multijoueur – chose que nous n’avions pas au lancement… On a toujours des mécontents, peu importe le type de prestations que vous proposez, vous aurez toujours des clients qui seront mécontents.

N : Et moi j’avais aussi une question parce qu’il y a des problématiques d’adaptation aux casques de réalité virtuelle aussi. Vous avez eu des problèmes de nausée, ou pour certains clients, je sais pas… ?

A : De nausée très peu, mais ça arrive. Bien sûr, on n’est pas tous égaux devant la réalité virtuelle, il y a des personnes qui l’assimilent très bien. Parce que c’est quand même une impression qu’on donne au cerveau, c’est la réalité virtuelle, mais on sent que, quand même, il y a une surcouche virtuelle, on la sent encore. Et, bien sûr, il y a des personnes qui réagissent mal. Mais ça, on le voit de suite, on déséquipe la personne et on avance.

N : Est-ce que vous voyez un enjeu prochain pour la réalité virtuelle ? Est-ce que c’est la démocratisation ?

A : Oui, la démocratisation, l’extension des établissements qui en proposent, nous par exemple on aimerait très bientôt que la prochaine étape, ce serait de pouvoir interconnecter les espaces de jeux qui sont équipés du même système que nous, et de pouvoir jouer ensemble. Faire des petits tournois, je ne sais pas, Toulouse-Paris… Voilà, ça c’est vraiment le prochain enjeu, l’expansion du multijoueur. Là pour l’instant, ça reste assez local et solo, parce qu’on n’a pas encore d’établissements trop équipés à travers le monde, mais ça va se faire petit à petit, et je pense que c’est ça l’enjeu majeur.

Nous : Merci pour votre temps et vos réponses.

Avalon : Merci à vous”

Interview retranscrite par Solène de Romémont et article écrit par Pierre Leclerc.

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