Il y a 15 ans, le dernier vol commercial de l’avion franco-britannique Concorde était effectué entre Heathrow et Filton (un de ses lieux de production). Ce dernier vol saluant l’aéronef à vitesse supersonique (c’est-à-dire qui dépasse la vitesse du son dans l’air) semblait tourner une page de l’histoire de l’aéronautique civil, en effet aujourd’hui il ne subsiste plus que des appareils subsoniques. Cependant aujourd’hui l’idée d’un retour de ce mode de transport commence à faire son bang supersonique. Le supersonique est-il un transport du passé ou une idée d’avenir ?

Après avoir réussi le rêve de l’homme de voler, nous avons toujours cherché à gagner en vitesse. Dépasser la barre des 340 mètres par seconde est un objectif complexe réalisé pour la première fois lors d’expérience par l’ancêtre de la NASA en 1947 avec le prototype X-1 dans le cadre de recherche sur le spatial. Depuis cette technologie s’est fortement améliorée (certains drones atteignent Mach 10 en vol horizontal). Dans les années 1960 un projet d’avion commercial supersonique voit le jour : le concorde. Avec des centaines de vols entre 1976 et 2003 le concorde est le seul avion de ligne supersonique avec l’avion russe Tupolev ayant été mis en service à ce jour.  Dans les deux cas l’utilisation a été stoppée et aujourd’hui les seuls avions supersoniques existants sont des avions militaires. En 1978 le modèle russe fait son dernier vol officiel suite à de nombreux accidents et pannes. Pour le modèle franco-britannique les vols continuent jusqu’en 2003 mais finissent aussi par s’arrêter pour des raisons économiques en plus par un accident en mai 2000 à Paris faisant 113 victimes. Le concorde n’a pas été un projet économiquement rentable. En effet le coût d’exploitation n’était pas assez contrôlé dû à la surconsommation de kérozène. Yves Crozet développe dans un article de l’économie politique d’avril 2017 le concept de vitesse généralisée qui démontre que la vitesse elle-même ne veut rien dire si elle n’est pas mise en relation avec le prix, ainsi un billet de vol dans le concorde coûtait 1€ le kilomètre alors qu’en voiture cela ne revient qu’à quelques centimes.

Cependant l’impact culturel de ce véhicule est important. Preuve s’il en faut, on a même imprimé des timbres spéciaux pour le Concorde. Et aujourd’hui l’idée de son retour devient de plus en plus récurrente.

Nous recherchons toujours autant la vitesse qu’hier et abandonner un projet si important ne fait probablement pas partie de la nature de l’Homme. Ainsi aujourd’hui on parle de plus en plus du retour du supersonique.

En effet nombreux sont les acteurs à avoir un fort intérêt pour cette technologie. Encore récemment le président russe V. Poutine a déclaré vouloir une version civile du bombardier supersonique russe Tu-144. Mais à part les déclarations, de nombreux projets avancent dans ce domaine, prenons deux exemples. Dans un premier temps retournons voir la NASA qui depuis plusieurs années déjà travaille sur un des soucis majeurs de ces avions qui les a fait interdire aux USA : le bang supersonique. Le franchissement du mur du son entraîne une forte résonance très désagréable et dont on cherche à limiter l’effet pour de futurs modèles d’avion. Ainsi donc la NASA fait des recherches en soufflerie pour diminuer ce phénomène et met à disposition les données collectées pour inciter à la recherche. On arrive aujourd’hui à un bruit avoisinant les 75dB contre 105dB auparavant, ce qui peut permettre d’envisager l’autorisation pour ces avions de voyager au-dessus des continents. On ne pourra probablement jamais réussir à avoir des avions complètement inaudibles mais est-ce vraiment pour le pire ?

Autre exemple beaucoup plus concret : les nombreuses sociétés développant de nouveaux avions supersoniques. Prenons ici l’exemple du AS2 d’Aerion qui selon les estimations pourrait rentrer en service d’ici 2021-2023. Certes cet avion sera un jet exclusivement réservé aux plus fortunés et ne pouvant transporter que quelques passagers, mais c’est un début et déjà une vingtaine de contrats ont été signés (soit autant que pour le concorde sur toute sa période d’exploitation). Et bien sûr il y a aussi d’autre projet comme l’alliance de Virgin galactic avec Boom Technology visant à développer un supersonique rentable et abordable à long terme.

Ou encore le projet ZEHST présenté au salon du Bourget de 2011 et qui en plus d’être capable d’aller à Mach 4 se veut écoresponsable grâce à un système de 3 réacteurs différents (cf image de conclusion).

Le supersonique n’est donc pas mort mais est bien sur le retour et le renouveau. La question restant cependant non résolue est : y a-t-il encore de la place pour l’avion supersonique ?

Même si le retour annoncé d’un modèle dépassant Mach 1 est très apprécié, la concurrence dans ce domaine est très forte :  de nouvelles technologies émergent.

Une des idées originelles pour le concept du supersonique est de voler beaucoup plus haut qu’un avion de ligne classique (environ 30 000 mètres) et bien cette idée a été reprise et poussée à l’extrême. Un certain Elon Musk via sa société SpaceX  a annoncé un projet en septembre 2017 nommé BFR. Le projet se rapproche très fortement d’une fusée mais une fusée ayant pour objectif de relier les villes entre elles. Selon la communication de SpaceX ce système pourrait relier n’importe quelle ville à une autre en moins d’une heure. Même si les données sont encore incomplètes et que SpaceX est toujours en phase de développement du projet ce mode de transport pourrait révolutionner une fois de plus la vision des distances (encore faut-il que le coût de commercialisation soit abordable).

En conclusion il est bon de rappeler que le supersonique est un projet d’envergure technologique et aussi culturel. Son retour annoncé peut être à la fois une opportunité mais aussi simplement un entêtement fasse à l’échec. Mais dans tous les cas il est certain que cette thématique sera au cœur des évolutions de l’aérospatiale dans les années à venir.

 

 

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