AéronautiqueL'essor du big data dans l'aéronautique

Exploitation des données : comment peut-on si facilement suivre les vols ?

Lorsqu’un avion passe au-dessus de ma tête, j’ai tendance à me demander vers où celui-ci se dirige-t-il : « Paris, Londres, Reykjavik ? ». Lorsqu’on attend l’arrivée d’un proche qui est en avion, on aime aussi bien savoir où il se trouve précisément : « tu crois qu’ils ont déjà passé les Alpes ? ». Pour des raisons de sécurité, on pourrait croire cela difficile de répondre à ces questions si l’on ne fait pas partie du personnel aéroportuaire. Or il suffit en réalité pour ce faire d’un simple accès à Internet.

Aujourd’hui, de plus en plus de sites et applications mobiles proposent en effet des services plus ou moins proches permettant d’avoir accès à ces informations. Les plus précis d’entre eux nous renseignent sur les heures de départs et arrivées des vols avec leurs numéros, le type d’appareil, la compagnie mais aussi des données plus précises sur le vol comme la position précise de l’avion, sa vitesse ou encore l’altitude à laquelle il est. Mais comment cela fonctionne-t-il ?

Un des sites les plus connu et précis est « FlightRadar24 ». Il a été développé par une start-up suédoise. Sur celui-ci, il est même possible de voir des photos de l’appareil si l’un des passagers l’a partagé sur la plateforme. Aussi, si on connaît le numéro d’un vol, une fonctionnalité permet de le retrouver en direct, savoir s’il a bien décollé, quand va-t-il atterrir et ce qu’il survole et dans quelles conditions, à ce moment précis.

Pour comprendre comment les administrateurs de FlightRadar récoltent les informations, rappelons qu’il existe deux types de radar : d’un côté les radars primaires qui envoient des signaux qui se heurtent à l’avion puis reviennent et permettent ainsi de le localiser, et d’un autre les radars secondaires, cette fois, c’est de l’avion que part l’information. Le site fonctionne lui en collectant les informations envoyées aux radars secondaires.

Plus précisément, tout ceci est faisable grâce à des transpondeurs « ADS-B » (Automatic Dependent Surveillance – Broadcast) dont la majorité des avions de ligne sont équipés aujourd’hui. C’est un système de surveillance coopératif utilisé dans le contrôle du trafic aérien. En effet, grâce au positionnement par satellite (GNSS), les avions peuvent déterminer eux-mêmes leur position plus précisément que peuvent le faire les radars primaires positionnés au sol. Ensuite, le transpondeur n’établit pas de connexion mais diffuse seulement des informations sur sa position, son cap, sa vitesse, etc. par le biais d’un canal de diffusion radio appelé « ADS-B out ». Ainsi, tout appareil ou personne équipé d’un récepteur qualifié dans ce cas d’«ABS-in » peut recevoir en continu ces informations sans en envoyer, il n’y a par ailleurs plus forcément besoin d’un équipement radar pour les collecter, une antenne radio au sol (sur des fréquences autour de 1090MHz) peut suffire. C’est donc grâce à ce système que FlightRadar récupère toutes les données sur les vols grâce à un réseau de stations d’écoutes que gèrent les employés et utilisateurs du site et qui regroupe plus 6 000 récepteurs basés un peu partout dans le monde. Si un bon nombre de récepteurs utilisés regroupe ceux présents dans les aéroports, certains amateurs d’aviation en possèdent également et peuvent donc rapporter également des informations.

Le satellite permet à l’avion de se localiser et il peut ensuite diffuser des informations que les récepteurs “ADS-B in” reçoivent.

Pour autant, l’ADS-B n’étant pas chiffré, il suffit à n’importe qui de disposer d’un simple filtre ADS-B 1090MHz (disponible à l’achat sur internet pour entre 30 et 40 euros) pour pouvoir suivre le trafic aérien. Mais c’est aussi là que la question de la sécurité vient se poser. En effet, avec ce fonctionnement, un avion détourné pourrait ainsi connaître tout le trafic autour de lui et être redirigé vers un autre avion volant aux environs. L’apparition de ce type de risque est récente et soulève des questions quant à l’exploitation croissante de ces données disponibles non plus uniquement par les professionnels mais également par un grand nombre d’amateurs et passionnés. Quid de toutes les personnes qui seraient mal intentionnées et ont accès à toutes ces données librement sur leurs smartphones ?

Enfin, l’utilisation de l’ADS-B est toujours en plein développement. Les États-Unis comme l’Europe ont des plans et objectifs déployés quant à l’installation de ce type de transpondeurs afin d’en couvrir un maximum de territoires. Et si ce système réjouit les voyageurs qui peuvent, grâce à Internet, facilement suivre leurs vols et ceux de leurs proches ; il fait tout autant, si ce n’est plus, le bonheur des pilotes professionnels et amateurs comme on peut le voir dans cette vidéo où certains témoignent et nous éclairent également sur ce que cela implique lorsque l’on est dans le cockpit cette fois-ci et non plus sur son smartphone :

Si l’accès toujours plus facilité aux données dans le système aérien peut soulever des doutes et inquiétudes sur certains points, il est pourtant clair que leur exploitation va pouvoir améliorer d’un côté l’expérience des pilotes et d’un autre celles des équipes au sol ainsi que des voyageurs.

 

Margaux Benedic

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