“Un fléau qui relève encore de la science-fiction mais menace déjà le sport du XXIe siècle”

Avec le développement des avancées thérapeutiques, le dopage dans le sport est au cœur des débats. Pendant que certains dénoncent les détournements médicaux afin d’améliorer artificiellement les capacités sportives, d’autres comme le Professeur Miah en 2004 envisagent une libéralisation des procédés dopants.

Rapide historique

Il est largement admis qu’est considéré comme dopage toute augmentation artificielle de la performance physique. Cette définition pose néanmoins problème, en particulier sur l’appréciation du terme « artificiel ». En effet, dès les années 1970, après que les premières mesures de régulation du dopage furent tentées, une partie du monde scientifique oriente le débat de l’éthique sportive vers l’éthique médicale. L’équité sportive est alors habilement occultée, le rôle supposé de la médecine est désormais de palier aux déséquilibres physiologiques que l’entraînement intense et répété produit chez le sportif. Deux approches se distinguent : l’approche endocrinologique et

l’approche physiologique. La première consiste à « réguler » les déséquilibres hormonaux, la seconde à « traiter » la fatigue résultant de l’entraînement intensif. En 1980, on ne parle plus de « dopage » à proprement parler mais de « rééquilibrage hormonal ».
Ce débat aura eu le mérite de mettre en lumière la difficulté et l’ambiguïté de la définition du dopage.

Or à la fin des années 1980, avec les progrès de la biologie moléculaire, on envisage la question des traitements impliquant des manipulations génétiques. Les essais de ces thérapies géniques ne sont pas concluant mais dès la fin des années 1990, on se pose la question d’un dopage génétique avec notamment la découverte de « fitness genes » par Hugh Edward Montgomery en 1998.

Le dopage génétique

Le dopage génétique est alors défini par l’agence mondiale antidopage comme « le transfert d’acides nucléiques ou de séquences d’acides nucléiques » et « l’utilisation de cellules normales ou génétiquement modifiées ayant la capacité potentielle d’améliorer la performance sportive ».

Il s’agit là d’augmenter les capacités sportives d’un individu en utilisant les principes de la thérapie génique.Il est à noter que cette forme de dopage a été envisagée alors même que les essais montraient de grosses faiblesses ainsi qu’un risque très important.

Les tests de 2002 d’Alain Fischer sur des enfants atteints d’immunodéficience ont causés chez certains des leucémies.

Le débat du dopage génétique implique des philosophes, des éthiciens, et des chercheurs. Là encore, le débat sur cette forme de dopage est déplacé de l’éthique sportive vers des arguments médicaux et scientifiques.

Les opposants du dopage génétique dénoncent moins la non-équité qu’il apporterait au sein du sport, que les risques qui seraient encourus par les « utilisateurs ». En revanche, l’éthique humaniste fait irruption dans le débat. Paradoxalement on y remarque peu d’acteurs professionnels du monde sportif. Le débat est clivé : d’un côté la recherche en biomédecine et de l’autre l’éthique humaniste.A l’instar du dopage des années 1970 et 1980 distinguant les « rééquilibrages hormonaux » et les « traitements de la fatigue », le dopage génétique est injuste et nuit au principe d’équité sportive. En ce qui concerne la santé, cette forme de dopage est décrite comme « un fléau qui relève encore de la science-fiction mais menace déjà le sport du XXIe siècle » (« Les manipulations génétiques, nouvel horizon du dopage », Dépêche AFP, 22 novembre 2005.). Les risques pour la santé paraissent très grands, cependant il n’est pas encore possible de les vérifier à proprement dit, seules les expérimentations en laboratoire et dans un cadre thérapeutique sur des patients humains ou des animaux permettent pour le moment de se faire une idée. Nous sommes donc pour l’instant face à une grande incertitude.■

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