Dans l’article précédent, nous avons étudié le phénomène appelé « Fear of missing out ». Nous poursuivrons notre lancée en analysant des solutions à ce problème. La FOMO a été accrue depuis l’arrivée des nouvelles technologies, et ce de manière radicale. Dès lors il s’agira de nous interroger sur l’usage que nous faisons de ces nouvelles technologies, et des manières de nous en détacher. Car le problème est bien là. Nous ne pouvons plus, ou nous pouvons difficilement nous passer de nos smartphones, pc portables, tablettes etc.

Dès lors, comment faire en sorte de dépasser cette addiction ?

Pour parvenir à cette fin, il est nécessaire de comprendre parfaitement le phénomène auquel nous sommes confrontés. Je vais donc effectuer une légère digression afin de bien cerner les différents aspects de la FOMO. Ainsi nous pourrons trouver des moyens de la contourner.

Dans un article de Philosophie Magazine, l’écrivain Alexandre Lacroix parle d’une « mise en scène virtuelle de nos existences », et du fait que celle-ci « empiète de plus en plus sur nos vies « vraiment » vécues ». Le problème est bien là : en cherchant à toujours diffuser sa vie personnelle sur les réseaux sociaux, nous manquons peut-être des moments importants absorbés par notre écran. Alexandre Lacroix raconte une anecdote dans laquelle des adolescents passent la moitié de la soirée à s’amuser et l’autre moitié à poster les photos de cette soirée sur les réseaux sociaux. Il y a selon lui un déséquilibre dans cette façon d’agir. Le temps passé à émettre une certaine image de soi sur les réseaux sociaux est du temps perdu à ne pas se préoccuper des autres. Nous ratons alors des moments qui peuvent être précieux.

Alexandre Lacroix va plus loin encore dans son analyse. Il compare cette situation de projection de soi au mythe de Narcisse. En effet nous passons beaucoup de temps à contempler l’image que nous présentons aux autres sur Facebook etc… De ce fait nous sommes tel Narcisse qui contemple son reflet dans l’eau de manière infinie. Mais il y a en plus une inversion puisque les autres passent aussi leur temps à contempler cette façade, ce « faux-moi ». Il affirme : « les représentations de soi ne sont pas produites pour être vues par leur auteur, mais par les autres. » Dès lors il en conclue que « lorsqu’on passe sa vie à vouer un culte à sa propre image, on encourt le risque de ne plus avoir de vie du tout. » On retrouve là le cœur du phénomène qu’est la FOMO.

Dans la suite de son article, l’écrivain Lacroix s’intéresse aux analyses du sociologue Américain Lasch. Ce dernier affirme que les représentations que nous produisons de nous-mêmes sont nécessaires pour nourrir le sentiment que nous existons. Les images, les photographies, sont essentielles car sans elles, « il nous serait difficile de reconstruire jusqu’à notre histoire personnelle ». Les images suivent notre développement et nous assure du fait que nous suivons l’ordre des choses. Toutefois, et c’est là la limite de l’analyse de Lasch présentée par Lacroix, l’homme envisagé par le sociologue est un homme parfait, dénué de tout défaut et qui succomberait à ce trouble du narcissisme. Il est donc nécessaire de se défaire de cet aspect moral de l’analyse de Lasch. Lacroix conclue ainsi : « c’est moins à une prêche morale qu’on pense, si l’on cherche un moyen de sortir des excès du narcissisme actuel, qu’à une sorte de secousse ». Selon lui, pour se sortir de l’envoutement créé par « l’oracle technologique » qui nous entoure, « il suffit peut-être, au lieu d’une tirade pontifiante sur la santé psychique, d’une tape amicale sur l’épaule pour nous arracher à la fascination aride ». Il veut dire par là que l’homme contemporain n’est pas condamné comme Narcisse à se contempler indéfiniment. En réalité il est simple de se défaire de l’engouement pour notre image créé par les réseaux sociaux. Il suffit de se rendre compte lorsque nous avons tendance à passer plus de temps à nous soucier de notre image que des autres.

Mais alors, quelle est cette secousse dont Alexandre Lacroix parle ? Comment faire en sorte de ne pas entrer dans ce cycle infini du narcissisme contemporain ?

Je ne pense pas que les nouvelles technologies soient condamnables et qu’il faille s’en séparer complètement, loin de là. Il est simplement nécessaire de réorienter leur utilisation et de faire en sorte que l’on en fasse pleinement profit, et ceci sans connaître des inconvénients. Le design actuel des nouvelles technologies fait que nous sommes constamment portés à en accroître notre utilisation. Le système des notifications par exemple nous pousse à être toujours à l’affut des dernières nouvelles qui font jour. Un mail important, une publication sur Facebook sont tant de raisons qui nous distraient, qui nous séparent pendant un lapse de temps de notre environnement.

Il serait donc nécessaire de mettre en place un nouveau système qui offre la possibilité de se couper de son téléphone pendant une période où il est nécessaire d’avoir un bon focus. Eteindre son téléphone ne fonctionne pas car on peut toujours en avoir besoin dans son travail où justement on peut commencer à être préoccupés à l’idée de rater une notification essentielle. Certains systèmes mettent déjà en place cette possibilité de passer en mode « ne pas déranger » mais ils ne sont pas encore très répandus. L’application de messagerie Slack propose ce genre de fonctionnement. Lorsque vous souhaitez ne pas être dérangé, il suffit d’activer une fonction qui avertira les autres utilisateurs de votre indisponibilité. Toutefois, si une urgence vient à surgir, il est toujours possible de vous contacter. C’est donc cette fonctionnalité qu’il faudrait intégrer de manière plus générale aux systèmes comme Android, IOS etc. Le silencieux ne fonctionne pas pour faire face à la FOMO car on a toujours cette peur de rater un appel du fait de ne pas l’entendre. La « secousse » dont on a besoin serait donc précisément cette possibilité de se mettre en « off » sans craindre de passer à côté d’une notification qui pourrait changer une journée.

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