Les avancées de l’intelligence artificielle impactent tous les domaines de la vie sociale, notamment le domaine de l’éducation. Les cours en ligne, les logiciels de corrections, les professeurs-robots…toutes ces nouvelles technologies doivent permettre de rendre l’école du future plus personnalisée et efficace. Mais si l’IA est tellement performante, pourquoi ne pas l’utiliser pour remplacer le cerveau humain, plutôt que pour le former ?
Ainsi la guerre des intelligences n’est pas une science-fiction et l’éducation doit vite trouver un moyen pour résister à la révolution des machines.

 

I) Ce que l’intelligence artificielle peut apporter à l’éducation

1) Une éducation personnalisée et accessible n’est plus un rêve

Souvenez-vous de tous les programmes humanitaires qui luttent pour l’accès à l’éducation des enfants dans les pays défavorisés. Souvenez-vous de réfugiés à qui suivent les cours de langues et de culture dans leurs pays d’accueil. Souvenez-vous des professeurs qui donnent des cours dans les prisons afin de permettre aux certains détenus de se requalifier. Grâce à tous ces exemples, nous pouvons remarquer à quel point l’éducation est devenue accessible ces dernières années. Effectivement, l’école d’aujourd’hui n’est pas celle d’il y a 200 ans, lorsque les cours étaient réservés uniquement à une élite. Mais c’est aussi l’échelle de l’éducation a évolué : en deux décennies nous sommes passé de cours individuels aux cours magistraux. Cela sous-entend que, d’un côté, l’éducation est devenue plus accessible mais que, de l’autre côté, elle a beaucoup perdu en efficacité car désormais le professeur attribue moins d’attention personnelle à chacun de ses élèves.

De nombreux chercheurs essaient de trouver une solution à ce problème. Dr Laurent Alexandre considère que l’école actuelle n’est pas adoptée à l’évolution rapide de notre société, étant donné qu’elle n’a pas trouvé mieux « que la mise en relation d’une personne détentrice de savoir et celle qui en manque ». Pour lui l’éducation n’est pas assez personnalisée « et cela d’autant plus que les contraintes économiques et sociales sont plus fortes que jamais : il serait impossible de mettre un professeur devant chaque élève ».

Mais comment donc trouver cet équilibre entre l’efficacité et l’accessibilité ? La réponse est simple : faites appel à l’intelligence artificielle.

Cette solution a déjà été testée à de nombreuses reprises. Par exemple, en 2016 l’Institut de Technologie de Géorgie a mis en place des cours électroniques munies d’une intelligence artificielle. Les 400 étudiants de Masters of Science in computer science ont eu accès à des vidéos préenregistrés par leurs professeurs, après la visualisation desquels ils pouvaient poser leurs questions aux assistants pédagogiques sur une conversation électronique du site Piazza. La seule chose dont les étudiants n’étaient pas au-courants est que parmi les 8 assistants qui leurs répondaient, il y avait Jill Watson, un logiciel basé sur l’intelligence artificielle.

« Mon but est d’utiliser l’IA pour rendre l’éducation amusante », affirme Ashok Goel, le directeur du projet. Sauf qu’au début, le logiciel marchait très mal et se sont plutôt les chercheurs qui se sont « amusé » à réparer tous les problèmes informatiques. La première version de Jill ressemblait plus à une base de données formée de questions-réponses des semestres précédents classés dans les différentes catégories. Cette version était peu fiable car parfois les réponses de Jill n’avaient rien avoir avec les questions posées. Ainsi – pour ne pas perturber les étudiants – les professeurs ont créé un forum supplémentaire (Mirror forum) que les assistants humains utilisaient pour relire les commentaires de Jill Watson avant de les valider ou non.

Mais ce processus n’étant pas très efficace, les chercheurs ont dû réfléchir à d’autres améliorations. Finalement, la solution a été trouvée : il suffisait juste d’ajouter plus de « contexte et de structure » dans la mémoire de Jill pour qu’elle donne des réponses fiables (97% des cas).

Dans son livre La Guerre des Intelligences Laurent Alexandre met en avant l’obsolescence de la salle de classe telle qu’on la connait aujourd’hui. En effet, d’autres technologies de transmission de savoir peuvent être plus efficaces, notamment les cours électroniques qui deviennent de plus en plus performants. « En rupture avec le caractère uniforme de l’enseignement traditionnel, les nouvelles technologies vont permettre une individualisation maximale de l’enseignement. Même l’enseignant le plus traditionnel ne peut plus ignorer le développement des MOOC (Massive Online Open Course) ».

Mais Jill Watson n’est pas unique dans son genre, certaines entreprises comme Retention 360 ou AdmitHub proposent déjà des chatbots destinés à aider les étudiants à trouver les réponses à leurs questions. D’autres programmes proposent des cours individuels et adoptés aux besoins de chacun. Par exemple, la startup Domoscio fait appel aux sciences cognitives, à la Big Data et l’intelligence artificielle pour de proposer des cours « sur-mesure ». Ce programme crée des parcours individuels fondés sur l’analyse des performances et des besoins des élèves. L’évolution de l’éducation a donc déjà commencé et va se poursuivre de façon très rapide.

Dr Laurent Alexandre compare cette évolution de l’enseignant à celle qui a connu la production des biens et des services. Au début du XX siècle, les usines ont commencé à mécaniser la production en adoptant la STO et l’uniformisation des processus. Puis, quelques années plus tard, on voit apparaitre les premières segmentations qui visent à adopter le produit aux demandes différentes. Et enfin, à partir des 1990, les outils informatiques se développent en permettant de personnaliser chaque produit. L’éducation, avec un siècle de retard pourrait bien franchir à toute vitesse ces différentes étapes. Les MOOC sont déjà en train de diviser l’enseignement en différentes offres segmentées, mais les vrais cours « sur-mesure » restent encore un projet d’avenir. Mais une chose est sûre : « l’adaptation de l’école aux nouvelles méthodes ne sera pas un long fleuve tranquille ».

 

2) Rendre l’éducation plus performante grâce à l’IA

L’augmentation de la performance passe avant tout par l’automatisation et le gain de temps. L’un des objectifs de l’éducation du future est donc de dédier les tâches longues et répétitives aux ordinateurs, afin que le professeur puisse se concentrer sur la préparation des cours et l’accompagnement des élèves.

D’après le site Slate.fr un enseignant de mathématiques au lycée passent environs 8h par semaine à corriger les copies des élèves, alors que ce temps pourrait être consacré à la préparation des cours qui ne prend que 4h30 pour l’instant.

Réduire le temps de correction est désormais possible grâce à l’intelligence artificielle. L’entreprise edX créée par l’université d’Harvard et le Massachusetts Institute of Technology, a mis au point un logiciel de correction automatique. C’est une IA capable de corriger les questions à réponses courtes et des essaies. Pour l’utiliser, le professeur doit proposer une seule copie corrigée avec les détails de notation, c’est à partir de cette copie que le système va analyser tous les autres travaux en leur attribuant une note chiffrée et des petits commentaires (par exemple, « Hors sujet ! »). Bien sûr, ce type de notation pose des problèmes tels que : Comment un ordinateur peut-il apprécier le style littéraire d’un élève ? Si un essaie a plusieurs plans possible, quelle copie choisir en tant que copie de référence ? Comment un logiciel peut-il comprendre la cohérence globale d’un essai ? Toutes ces questions inquiètent non seulement les élèves, mais aussi les enseignants qui se voient mal confier leur travail aux ordinateurs. Mais ceci étant, ce logiciel apparait comme un outil révolutionnaire et très prometteur.

 

3) Les enfants font plus confiance à l’IA qu’aux personnes physiques 

Comment rendre l’apprentissage intéressant et amusant pour les enfants ? La réponse est simple : utilisez des robots. Vous avez déjà pu faire connaissance de Nao, ce petit génie qui accompagne les personnes âgées. Mais saviez-vous qu’il peut aussi être un très bon enseignant ?

A l’école de l’Association Notre-Dame pour les enfants handicapés, ce petit robot a fait une grande révolution dans les salles de classe. Désormais, c’est lui qui fait une partie de travail du professeur qui peut soit le laisser discuter avec les enfants, soit lui communiquer les instructions et le texte que Nao répétera. Le personnel du lycée a vite remarqué les bienfaits du nouveau système, parce que les enfants étaient plus intéressés par le cours et avaient moins peur de se tromper en répondant aux questions de Nao.Mais nous savons tous que le rôle de l’enseignant ne se limite pas aux murs de classe. Il a aussi pour but de s’assurer que ses étudiants se sentent bien à l’intérieur et l’extérieur de l’école. L’IA pourra-t-elle remplacer ce contact humain ? La réponse est « oui ». Il faut comprendre que la plupart des enfants sont timides et n’osent pas à parler de leurs problèmes. De plus, une grande partie d’entre eux ne sait même pas à qui faire appelle dans ce cas.

La société Ellipse Synergie a trouvé une solution. Cette entreprise a mis en place une plateforme où les élèves peuvent répondre à un questionnaire, exposer leurs problèmes et demander un conseil. Le système de l’intelligence artificielle ISA va ensuite analyser ces données et proposer des solutions. Parfois, le système va conseiller à l’enfant de parler avec une personne spécialisée de son établissement scolaire, si l’enfant accepte la proposition c’est ISA qui se chargera de contacter l’intervenant et d’assurer la suivie de l’élève. Voici ce qu’on peut lire sur le site de l’entreprise : « Pour Ellipse Synergie, l’intelligence artificielle ne doit pas remplacer l’être humain, mais plutôt devenir un outil formidable pour appuyer les services en place et pour agir avec bienveillance dans différents milieux bien ciblés. »

 

 

II) Comment gagner la guerre des intelligences ?

L’intelligence artificielle est donc une solution possible pour améliorer l’éducation et l’école. Mais il reste un défi difficile à relever : comment rivaliser avec les ordinateurs ? La guerre des cerveaux ne fait que commencer.

Les neurotechnologies ont pour objectif de réparer et d’augmenter notre cerveau. Cela peut passer par la lutte contre parkinson mais surtout par l’amélioration de nos capacités cognitives. Afin d’améliorer l’apprentissage, la Brainfitness se développe, de nombreuses startups se lancent pour augmenter nos capacités cérébrales et améliorer l’apprentissage.

Pour Elon Musk, les progrès de l’intelligence artificielle peuvent mener à une domination de celle-ci. Pour contrer ce scénario, il souhaite avec son entreprise Neuralink relier notre cerveau et donc notre conscience à un ordinateur. Dans cette optique, nous ne serions pas en compétition avec des ordinateurs, nous deviendrons des ordinateurs biologiques. Pour lui, la différence entre un smartphone est un implant est minime. Le smartphone étant une extension de notre main, relier directement notre cerveau à internet permet simplement d’accélérer l’échange d’information car les mains sont une interface trop lente.

Le projet DARPA mené par le ministère de la défense américain a pour objectif d’affiner et d’améliorer les implants cérébraux. Ces implants sont en effet l’interface entre le cerveau biologique et les technologies qui permettent de l’augmenter, ils sont pour le moment plutôt primitifs mais l’idée d’utiliser des implants en silicium extrêmement fins est prometteuse. De tels appareils ont la possibilité de se connecter à des milliers voire un million de neurones et d’ainsi impacter plus fortement notre cerveau.

Ces technologies nous permettent de penser que la guerre des cerveaux peut être résolue et que nous ne perdrions pas contre les machines. Mais que penser de ceux qui ne seraient pas augmentés ? Ceux qui ne pourraient ou ne voudraient être augmentés deviennent des marginaux. Ils sont exclus car incapables de se connecter ou d’échanger suffisamment rapidement.

De plus, connecter notre corps revient à ne plus faire de différence entre l’humain et la machine. Dans le cas d’une prothèse, le risque est minime car en cas de panne, on ne perd que l’usage de son membre bionique. Mais dans le cas d’un cerveau connecté, à la moindre interférence ou en cas de bug, c’est la conscience du sujet qui est affectée.

L’autre enjeu à ne pas oublier est l’irréversibilité. Un humain qui subit une implantation devient dès lors dépendant des technologies pour continuer à les utiliser. Si les implants deviennent de plus en plus présents, alors comment vivre sans continuer à augmenter ses implants au gré des avancées technologiques. Une dépendance s’impose donc très vite.

Pour conclure, il est possible d’affirmer que les intelligences artificielles peuvent apporter des réponses concrètes à nos problèmes d’éducation. Cependant il est nécessaire d’avoir une concertation internationale pour s’assurer des limites éthiques. L’école se doit de démocratiser l’intelligence sous peine de voir émerger une élite transhumaine. Mais cette même école est aujourd’hui stagnante dans un monde qui évolue sans cesse.
L’IA sera plus forte de nous, et si nous n’évoluons pas nous risquons une augmentation massive du chômage. Dans le troisième millénaire, à l’âge de la digitalisation et des débuts du transhumanisme, le métier clé est celui de professeur.

 

Sources:

Livre La Guerre des Intelligences, Laurent Alexandre

http://www.lepoint.fr/insolite/le-logiciel-qui-corrige-les-copies-a-la-place-des-profs-26-04-2013-1660533_48.php

http://www.slate.fr/story/126464/temps-travail-profs

https://ecolebranchee.com/2014/02/14/5-roles-possibles-de-lintelligence-artificielle-en-education/

https://www.onlineuniversities.com/blog/2012/10/10-ways-artificial-intelligence-can-reinvent-education/

http://mashable.france24.com/tech-business/20171007-intelligence-artificielle-enseignement-superieur-campus-microsoft-experiences?ref=fb

https://iatranshumanisme.com/

http://www.ere-occitanie.org/contenus/medias/2016/11/Cerveau-augmente.pdf

https://yonnelautre.fr/spip.php?article681

http://www.isias.lautre.net/spip.php?article554

 

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