La question du dopage de demain reprend la majorité des arguments utilisés il y 50ans, à savoir la nuisance à l’esprit sportif (notion d’équité) ainsi que les risques physiques et psychiques encourus par le sportif utilisateur, la vitalité étant pourtant au départ, au cœur de la notion de sport. A cela s’ajoute cependant une nouveauté : celle de l’éthique humaniste. Le dopage génétique dépasse le sport et la médecine puisqu’il vient toucher l’essence même de l’homme. Il ne s’agit pas là de transformer un individu isolé en manipulant son profil hormonal, mais de façonner une nouvelle humanité. Cette peur de la déshumanisation qui existait déjà vis-à-vis des athlètes dopés dans les années 1970 est aujourd’hui renforcée par l’aspect irréversible de la procédure.

Les endocrinologues et les physiologistes seraient remplacés par des généticiens et des biologistes, le sportif devrait alors être impliqué bien plus en amont de la recherche concernant le dopage génétique, là où encore aujourd’hui on peut recourir à une simple ordonnance de son médecin ou au marché noir. Cette implication conduirait irrémédiablement à l’utilisation de cobayes expérimentaux en dépit des risques très élevés ainsi que de l’irréversibilité des manipulations. A l’instar du dopage sur le cheval de course, les recherches s’appuieraient sur l’utilisation d’animaux tout en gardant à l’esprit la possibilité de les appliquer à l’Homme, avant de franchir le pas.

Bien qu’irréversible pour le sujet « utilisateur », le dopage génétique ne sera pas forcément héréditaire. On distingue alors la « thérapie génique somatique » de la thérapie génique avec des cellules « germinales » (sperme et ovule). Dans le premier cas les manipulations génétiques se font le plus souvent sur des cellules T (cellules souches) ou de moelle osseuse. La thérapie génique avec des cellules germinales est encore bien plus contestée du point de vue éthique et déjà interdite dans de nombreux pays.

La thérapie génique se déroule schématiquement de la façon suivante : on prélève tout d’abord le matériel cellulaire sur le patient. On effectue ensuite in vitro une culture cellulaire avec la cellule contenant le gène défectueux mêlé à un virus qui insère le gène « corrigé » dans la cellule avant de réinjecter les cellules obtenues chez le patient.

Certains gènes sont directement responsables de certaines capacités physiologiques. Il est possible, mais très rare, que certains individus présentent des mutations comme par exemple ce fut le cas en 2000 où un enfant a tout d’abord surpris les médecins, qui se sont rendu compte qu’il ne synthétisait pas de myostatine qui est une hormone régulatrice de la croissance musculaire. Liam Hoekstra, un autre enfant né en 2005 présente une mutation différente qui affecte cette fois-ci les récepteurs de la myostatine, l’inhibant partiellement.

Quelques hormones sont toutes particulièrement intéressantes : l’érythropoïétine (EPO) est facteur de croissance pour les globules rouges dans le sang, augmentant ainsi l’aérobie et par conséquent l’endurance de l’individu. Cependant les risques secondaires sont une hypertension artérielle ainsi qu’une augmentation de la viscosité sanguine, ce qui demande plus d’effort pour le cœur. On peut aussi noter la somatotropine, ou human growth hormone (hGH) qui est une hormone de croissance.

On remarque que les enjeux du dopage avec le dopage génétique ne visent pas la régulation hormonale avec l’injection d’hormones de synthèse chez les sportifs mais le fait d’intervenir à la source : de modifier des gènes qui eux-mêmes sont responsables de la régulation de ses hormones, naturellement synthétisées par le corps.

 

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