Le transport maritime est depuis le début de la maîtrise des mers de la part des cités phéniciennes un élément crucial pour les sociétés humaines. Son véritable avènement a cependant eu lieu dans la seconde moitié du XXème siècle avec une innovation technologique historique : l’invention des conteneurs et de leurs porte-conteneurs. Après la seconde guerre mondiale, les échanges intercontinentaux ont pu exploser car une révolution était en marche. En quelques mots, qu’est-ce qu’un conteneur ? Une boîte en métal normée d’une durée de vie de 15 ans en moyenne et qui peut transporter à peu près tout et n’importe quoi. Les avantages ? Economie, simplicité logistique et d’utilisation et grande capacité de transport (les plus gros porte-conteneur peuvent transporter jusqu’à 23 000 conteneurs en même temps) .

Cependant aujourd’hui, même si le secteur est toujours en hausse de 5 % en moyenne par an, de nouveaux défis apparaissent. Une deuxième révolution est-elle en cours ?

 

Port de Yangshan

Dans un premier temps il est nécessaire d’étudier les évolutions et changements du secteur lui-même. Un des problèmes majeurs du transport maritime est qu’il est totalement dépendant du pétrole. Pour limiter son impact des innovations logistiques et techniques émergent.

On connait tous l’adaptation des ports eux-mêmes qui s’étendent de plus en plus vers la mer mais récemment (depuis 2015) les chinois ont construit un port servant à la réception des conteneurs totalement en eau profonde : le port de Yangshan. Ce bijou technologique relié au continent par un pont de 32 km permet un déchargement et une manutention des conteneurs extrêmement efficaces (les plus gros navires peuvent être totalement décharger et recharger en moins de 20 heures).

 

 

En plus de l’arrivée sur place, c’est le trajet lui-même qui évolue directement. D’ici quelques années, de nouvelles routes maritimes seront accessibles, comme la route du pôle Nord, qui devrait offrir un trajet très court grâce à la fonte des glaces, en passant dans l’océan arctique à longueur d’année alors qu’aujourd’hui il est obligatoire d’utiliser des navires brise-glace très coûteux et peu rapides. Mais ce n’est pas le plus impressionnant. Il existe en effet de nombreuses start-up et organisations (majoritairement américaines) qui développent des logiciels pour le transport maritime. Prenons l’exemple de l’organisme IMAR (innovation maritime) qui a conçu un logiciel d’optimisation de route maritime en fonction du terrain, des conditions météo, etc. Ce logiciel permet à la fois d’augmenter l’efficacité du transport et de diminuer ses risques et son empreinte environnementale. Ce simulateur d’itinéraire créé pour le moment sur le fleuve Saint-Laurent est une révolution qui bientôt remplacera définitivement le compas du capitaine.

 

 

Du coté des navires eux-mêmes, de nombreuses innovations sont aussi en développement et sont pour le moins ambitieuses.

Sur le plan écologique, le transport maritime est le moins polluant selon le ration pollution émise/masse transportée. Depuis le début des années 2000, cette pollution a diminué de plus de 30%, cependant des efforts sont toujours en cours. On assiste à un possible retour de la voile mais à très grande envergure. Par exemple la société FairTransport, a lancé en 2012 le projet Ecoliner Fair Winds, élaboré avec le cabinet d’architecte naval hollandais Dijkstra. Ce projet vise à installer 3 à 4 mâts qui supporteront 4000 m² de voile sur un cargo de 138 mètres de long, avec une capacité de charge de 8000 tonnes de marchandises, le rendant comparable à un cargo classique de taille moyenne. L’idée est donc d’utiliser une propulsion mixte basée en partie sur l’énergie éolienne permettant ainsi de réduire les dépenses de carburant de minimum 35%.

Enfin la dernière innovation que je développerai et qui est à mon sens la plus impressionnante est l’idée d’un navire autonome. L’idée d’un transport totalement automatisé est très alléchante d’un point de vue économique, sécuritaire et productif. Ainsi de nombreuses entreprises se sont lancées dans son développement comme la marque de voiture Rolls Royce qui y voit un nouveau marché très prometteur. Ce projet initié en 2017 et qui ne porte pas encore vraiment de nom à proprement parler, veut permettre de contrôler totalement à distance et sur terre ferme un navire sans équipage pour le rendre plus léger, moins risqué pour les hommes et totalement optimisé tout en restant sous la responsabilité d’un capitaine à terre. Un prototype a déjà été testé avec succès dans le port de Copenhague. Cette idée sera très probablement la norme d’ici quelques années si les projet réussissent mais aujourd’hui 3 problèmes majeurs restent à résoudre : la communication permanente qui doit être établie avec le navire, la question de l’efficacité des détecteurs et le développement et contrôle de l’intelligence artificielle contrôlant le navire en direct. Beaucoup reste à faire.

Image de synthèse d’une flotte de navires autonomes

 

En conclusion, le secteur du transport maritime entame une nouvelle révolution qui est intimement liée à d’autres (comme celle des intelligences artificielles) mais tout ceci n’est globalement qu’à un stade de développement primaire. Le transport maritime restera le principal moyen de transport de marchandises à travers le monde. La question qui demeure en suspens n’est pas celle de son remplacement par un nouveau mode de transport, mais au contraire la suivante : grâce à cette suprématie incontestée et incontestable, jusqu’où ira la révolution du transport maritime ?

 

 

Alexandre Fontaine

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