Auteur de l’article: Antoine Rossignol 

 

L’idée même de révolution est ce qui permet au monde d’aller vers une progression perpétuelle, constante. D’origine politique, la révolution a pris une consonance économique à partir du XIX°s : il s’agit de la révolution industrielle, les anglo-saxons en étaient à la pointe, ensuite la révolution de l’énergie, le pétrole les Etats-Unis prennent le alors leadership, et vient enfin une troisième révolution que l’on pourrait qualifier du numérique, de la transition, de l’information, des flux où tout va plus vite et plus loin, où tout est unification, où le monde devient global. Où se situe l’intelligence artificielle par rapport à cette dernière révolution ? En est-elle le dépassement ? Une nouvelle révolution ? La capacité à prendre la tête de cette nouvelle révolution est un enjeu majeur pour les grandes puissances, et le passé montre que la capacité d’un pays à incarner une révolution le conduira à la tête du monde.

 

Vers toujours plus d’efficacité et de productivité : la fin de la verticalité de l’entreprise ?

Un domaine retient notre attention, celui du travail puisqu’il est intrinsèquement lié à l’idée même de révolution, n’était-ce pas Ford et Taylor en plein boom économique au début du XX°s aux Etats-Unis qui prétendait incarner un nouveau modèle d’organisation des tâches / du travail, basé sur la productivité et la division des tâches, autrement dit une organisation verticale du travail. Venons en à l’intelligence artificielle. Celle-ci va révolutionner le marché du travail. Dans une époque où efficacité et productivité sont les maitres mots, l’IA va révolutionner le marché du travail dans sa forme mais aussi dans sa nature. Dans un premier temps, d’un point de vue quantitatif : l’ère de la data est venue. N’attend-on pas entendu parler d’Uber qui collecte les données de ses clients et de ses employés pour améliorer son efficacité ? Les trajets sont analysés pour permettre aux algorithmes, toujours dans un soucis d’efficacité, de fournir aux chauffeurs les parcours les plus rapides et pratiques à emprunter. De même, Microsoft a lancé Microsoft Workplace Analystics pour rendre l’analyse de données plus accessible aux entreprises. Et les exemples sont nombreux. L’objectif ? Un déplacement vers l’horizontalité du travail. Et si nos chers Taylor et Ford, précurseur dans l’organisation managériale à l’américaine n’avait plus leur place au XXI°s ? En effet, l’IA permet d’automatiser un certain nombre de tâches qui, autrefois, étaient l’apanage des managers. « Le passage à une approche pilotée par les données est l’un des changements les plus importants auxquels on assiste aujourd’hui dans le monde du management. » affirme ainsi John Sullivan, professeur en management à la San Francisco State University. Certaines formations ou disciplines qui sont aujourd’hui le cœur de métier des business schools n’auront plus leur place d’ici là car elles seront automatisées, quelle utilité de former des experts comptables lorsque le processus peut être automatisée ?

 

Pour un nouveau modèle économique : la fin des managers ?

Avec l’intelligence artificielle et l’organisation du travail, c’est dont de la réinvention d’un modèle économique dont il s’agit, un modèle économique dont l’objectif est de produire toujours plus et de manière plus efficace, et en cela les machines s’avèrent plus efficaces que les humains. La promotion du télétravail au sein des entreprises annonce les prémices d’un tel changement. La finance n’est pas un reste, le machine learning va révolutionner le milieu de la finance, et l’ère des traders rencontre peut être ses premiers obstacles. L’entreprise de demain sera donc davantage horizontale, pilotée par l’intelligence artificielle. Pour autant les managers vont-ils disparaître ? Pas sur. En effet, au lieu d’assister à une disparition pure et complète des managers, ils évolueront et pourront se consacrer à leur cœur de métier, là où ils excellent car il est certaines tâches humaines que l’extraction de données ne peut pas résoudre (l’échange, la collaboration, l’empathie). Ainsi, c’est toute une société, et l’humain qui va évoluer dans sa manière de travailler et qui pourra se concentrer sur des tâches sans doute plus créatives, plus humaines tout simplement et moins mécanique, et il emporte avec lui un nouvel enjeu, celui de la formation de la population active.

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