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Toulouse et l’aéronautique

Toulouse et l’Aéronautique

Le 22 décembre dernier fut inauguré L’Envol des Pionniers, musée de l’aéropostale, sur le site historique de Montaudran. Troisième et dernier volet du vaste projet de la Piste des Géants, il célèbre le centenaire du premier vol des « Lignes aériennes Latécoère », renommées plus tard « Aéropostale ». L’occasion de nous pencher sur l’histoire d’amour entre Toulouse et l’aéronautique, tout aussi évidente que méconnue.

Cette même aéronautique, actrice principale de la transformation de Toulouse « la Sainte », berceau de l’Occitanie et pilier de la chrétienté en France, à Toulouse « l’Innovante », capitale mondiale de l’aéronautique et européenne du spatial. Dans cette histoire, qui vit ses premières lignes s’écrire au tournant du XXe siècle, il fallut du sang, des larmes, mais aussi de la passion et des héros, en toile de fond d’une période sombre pour la Nation, mais immensément féconde au point de vue des avancées technologiques. Replongeons-nous donc dans une période pas si lointaine où le Stade s’inclinait face au Stade français à la prairie des Filtres, devant 5000 spectateurs, pour sa première finale de Championnat de France, à une époque où la rue de Metz venait à peine de voir le jour, où Claude Nougaro ne chantais pas encore les joies de Toulouse, mais où la Garonne coulait toujours aussi sereinement qu’elle coule aujourd’hui.

Les Débuts

L’histoire n’aurait jamais pu voir le jour sans son héros et personnage principal : Pierre-Georges Latécoère. Fils d’entrepreneurs né à Bagnères-de-Bigorre et diplômé de l’Ecole Normale, il décide de reprendre l’entreprise familiale de scierie et, contexte de guerre oblige, se lance dans la construction de deux usines d’armement à Toulouse (dont une à Montaudran) grande ville la plus éloignée du front. A la demande de l’Etat, en 1917, il décide de produire dans ses usines des pièces pour les avions de reconnaissance Salmson. La première pierre de l’industrie aéronautique toulousaine est ainsi posée et la société industrielle d’aviation Latécoère est créée.

À la fin de la Grande Guerre, Latécoère choisit de prolonger l’aventure dans l’aviation en développant l’aviation civile, encore à ses balbutiements. Dès 1918, après l’Armistice, la première ligne Toulouse-Barcelone est lancée grâce aux avions de Latécoère, tout comme la première compagnie aérienne « les Lignes aériennes Latécoère », qui deviendront « L’Aéropostale ». Après Barcelone, les avions décollent désormais de la légendaire piste de l’aéropostale (ou se tient aujourd’hui la Piste des Géants) vers Rabat, Dakar et Casablanca.  Les premières lignes aériennes sont tracées et les plus belles pages du romantisme aéronautique sont écrites par les pionniers Mermoz ou Saint Exupéry, faisant les premiers exploits de l’aéronautique et la légende de l’Aéropostale, qui battra par la même 31 records du monde !

Une capitale européenne…

Avions militaires, postaux, hydravions c’est un véritable savoir-faire qui est en train de naître dans les usines de Latécoère, attirant les meilleurs ingénieurs français.

Et l’histoire se poursuit après la seconde Guerre Mondiale, l’industrie aéronautique est alors nationalisée par l’Etat et le constructeur Sud-Aviation, basé à Toulouse, développe pour le gouvernement la mythique Caravelle, véritable fleuron de l’industrie française dont le premier vol a lieu, comme un symbole, au départ de l’aéroport de Blagnac en 1955. Dans les années 60, la Ville rose est choisie par le gouvernement, au vu de son savoir-faire, pour se spécialiser dans les activités aéronautiques et spatiales nationales. Toulouse devient capitale nationale de l’aviation.

Sur fond de Guerre Froide, la France et la Grande-Bretagne vont alors s’engager dans la première collaboration européenne de grande ampleur pour construire un avion supersonique, le Concorde, assemblé à Toulouse, permettant de relier Paris à New York en seulement trois heures trente ! On ne réalise peut-être plus l’enjeu aujourd’hui, mais ce fut l’une des plus grandes réussites technologiques de la fin du XXe siècle et de nombreux outils développés pour le Concorde sont aujourd’hui encore utilisés dans l’aéronautique. C’est aussi l’affirmation de Toulouse comme capitale européenne de l’aéronautique.

… Et mondiale ?

Poursuivant la dynamique européenne de la construction du Concorde, plusieurs constructeurs se rassemblent en 1970 au sein d’un consortium baptisé Airbus. C’est naturellement à Toulouse, et plus précisément à Blagnac, non loin de l’aéroport, que le consortium établira son siège social.  La dynamique Airbus va stimuler la croissance économique et démographique, non seulement de Toulouse mais aussi de son territoire, et c’est l’intégration de celui-ci qui fera aussi la force et la richesse de l’aéronautique toulousaine. En 1972, le tout premier avion d’Airbus, l’A300, est lancé, assemblé à Toulouse. Si les pièces sont produites dans différents pays européens, l’assemblage final est toujours effectué sur le site de Blagnac.

Aujourd’hui, Airbus produit plus de la moitié des avions de ligne volant dans le monde et Toulouse est le premier site industriel français employant plus de 13 200 salariés issus de tous les pays européens. En avril 2005, l’Airbus A380, véritable prouesse du groupe européen et plus important modèle de la firme, réalise son premier vol depuis l’aéroport de Blagnac. Il s’agit du plus gros avion civil de transport au monde, pouvant accueillir jusqu’à 850 passagers !

Un Patrimoine à mettre en valeur

A travers cette brève chronologie que je viens de retracer, vous aurez pu constater que l’histoire d’amour entre Toulouse et l’aéronautique n’est finalement pas si différente des romances que nous connaissons tant : une rencontre inattendue qui n’aurai, sans une poignée de grandes figures, jamais dû ou pu voir le jour.

Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que Toulouse, via les grands projets municipaux, sait mettre en valeur ce qui est naturellement devenu son patrimoine, son identité. Ainsi, le musée Aeroscopia et son architecture moderniste a ouvert ses portes en 2015. Situé proche du site Aeroconstellation, il retrace l’épopée de l’aviation à Toulouse, comme je viens de le faire, mais avec, avantage au musée, une collection d’avions remarquable, la plupart étant sortis des usines d’assemblages toulousaines, du Blériot XI à la Caravelle en passant par l’inévitable Concorde, le Falcon 10 ou bien l’A300B. Vous les aurez reconnus, ce sont les acteurs principaux de notre histoire.

Jouxtant le musée, plus discret mais non moins précieux, (comme dirait l’autre, la vraie richesse est avant tout discrète) l’association des Ailes Anciennes de Toulouse et son équipe de bénévoles sauve et restaure une collection unique d’appareil pour leur éviter qu’ils finissent tragiquement à la casse ou recouverts par la poussière des hangars. Vous pourrez y visiter les ateliers de Rénovation, antre du savoir-faire de nos experts, où vous apprendrez tout des techniques de restauration.

De l’autre côté de la ville, c’est un véritable campus de 56 hectares promouvant l’aéronautique qui est en train de voir le jour sur le site historique de Montaudran, le long de la légendaire piste de l’aéropostale : Toulouse aerospace. Porté par Toulouse métropole depuis 2011, le campus, connecté est idéalement desservi, notamment avec le 3ème ligne de métro. Il compte, en autre, un technopôle – l’innovation campus, pôle d’activités et de recherche à la pointe de l’innovation et de l’enseignement, avec Sup Aero et l’ENAC – et un site culturel, la Piste des Géants, entre mémoire et innovation, avec la Halle de la Machine et donc le tout nouvel Envol des Pionniers.

 

 

 

 Perspectives

Il nous faut aussi regarder vers l’horizon, car la destinée de la ville rose est manifeste, son futur économique est lié à l’activité aéronautique. Toulouse est certes devenue un haut-lieu de l’innovation et par extension de la mondialisation grâce aux investissements publics et privés dans l’aérospatial (25% de la R&D française en aéronautique et spatial est concentrée à Toulouse et son bassin) et grâce à l’excellence académique, avec Sup Aero, générant une formidable activité (700 entreprises spécialisées dans l’aérospatial sur la même région), contribuant à faire de Toulouse une des villes les plus dynamiques de France, comme vous le savez. Mais il semble dangereux de dépendre autant d’une seule activité, plus d’un salarié sur dix du secteur privé travaille ainsi dans l’aéronautique, qu’il soit « airbusien » ou non. Dans la ville de Figeac, non loin de Toulouse, c’est même 1 sur 3 ! L’aérospatial est évidement encore un secteur porteur, mais en pleine mutation, notamment en raison des impératifs de durabilité, l’enjeu pour l’économie toulousaine sera d’accompagner cette mutation voire d’en profiter. Il ne faudrait pas, comme hélas dans de nombreuses histoires d’amour, rester à quai et regarder le train s’éloigner…

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