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L’accès à l’eau et l’assainissement, un enjeu crucial pour le développement des villes africaines


L’accès à l’eau potable est l’un des principaux enjeux de la prochaine décennie sur le continent africain. Les villes africaines sont en première ligne et vont devoir mettre en œuvre des solutions rapidement étant donné que le nombre d’urbains en Afrique va tripler d’ici 2050, passant de 346 millions à 1,1 milliard d’individus, le continent étant en pleine transition démographique. Ces migrants, essentiellement venus des campagnes et donc non diplômés s’installeront essentiellement dans les périphéries informelles, les centres-ville étant inaccessible pour eux n’ayant souvent aucune ressource. Ces périphéries sont généralement dépourvues des dispositifs de base : réseaux d’eau potable, traitement des eaux usées et des déchets, axes de communication dignes de ce nom, … Car les grandes métropoles africaines comme Kinshasa ou Nairobi s’étendent telles des pieuvres sans que les pouvoirs politiques puissent planifier ni organiser cela. Les investissements étant souvent concentrés sur le centre-ville afin de rendre ceux-ci compétitifs dans le cadre de la mondialisation, laissant donc ces nouvelles zones urbaines, en pleine expansion, en complète ou partielle autonomie avec une économie par conséquent exclusivement informelle où les trafics sont légion et où donc la criminalité fleurit. Mais l’intégration de ces périphéries n’est-il pas un enjeu pour le développement du continent, non seulement d’un point de vue économique, car une économie informelle ne permet la création de richesses pour un pays, mais aussi d’un point de vue social, pour sortir de la grande pauvreté ? A Nairobi par exemple, 75 % de la croissance urbaine s’observe dans ces zones périphériques délaissées, avec des bidonvilles « géants », dont le plus grand est celui de Kibera avec plus de 2 millions de personnes.

Concernant l’accès à l’eau, des progrès ont été enregistrés sur la dernière décennie, mais les disparités régionales sont nombreuses, et les statistiques ne sont pas tout le temps révélatrices de la réalité. Par exemple, selon les données internationales, 99 % des habitants de Ouagadougou disposent d’un accès à l’eau potable. Cependant, si on prend en compte la quantité d’eau potable disponible par personne et par jour et la distance moyenne à parcourir jusqu’aux points d’eau, ce chiffre est réduit de moitié.

Il reste donc à mesurer l’accès à l’eau des populations de manière plus précise, en prenant par exemple en compte les spécificités locales. Surtout les questions d’accès à l’eau en Afrique sont marquées par les inégalités. Comment donc promouvoir une égalité pour ce bien qui nous est si vital ? Plusieurs solutions on été envisagées, et longtemps, l’idée d’une tarification sociale de la consommation domestique d’eau a été envisagée comme le meilleur moyen de promouvoir l’égalité dans l’accès à l’eau. Ainsi, l’eau devait coûter moins cher pour les familles qui consommaient peu. Mais comme l’explique une spécialiste des questions d’eau en Afrique, « Cette vision, qui se voulait équitable, n’a pas pris en compte la sociologie de la famille en Afrique. Le tarif social est en effet calculé en fonction de la consommation des ménages de petites tailles. Or, dans les villes africaines, la source d’eau est souvent installée dans une cour collective autour de laquelle vit une famille élargie, voire plusieurs familles. Ces personnes peuvent alors payer le mètre cube d’eau plus cher qu’une famille de type nucléaire disposant d’un certain niveau de vie et bénéficiant de plusieurs robinets à l’intérieur de son habitation. Cet exemple est illustratif de modèles pensés ailleurs que dans les contextes où ils sont implémentés. »

Un autre exemple : au Malawi, l’État intègre un grand nombre d’acteurs au processus de gouvernance par les questions liées à l’eau, comme les associations de consommateurs et les communautés. L’objectif est d’impliquer au maximum les populations, de donner plus de transparence sur un continent où l’opacité politique est souvent le maître mot , car il y a autant de villes que de façon de gérer l’eau.  Par exemple, des villes comme Lagos, Addis Abeba ou Nairobi sont très différentes en termes de ressources en eau, de gestion urbaine ou de croissance démographique. Il est trop simpliste et réducteur de penser qu’un modèle commun à l’Afrique suffirait.

 

Assainissement : comment l’Afrique peut rattraper son retard

Le manque d’assainissement sur le continent africain – par assainissement j’entends l’évacuation des eaux pluviales et le traitement des eaux usées- coûte cher, très cher même, de 1% du PIB à 2.5% pour une vingtaine de pays selon la Banque Mondiale, en prenant en compte les conséquences sanitaires : décès, dépenses de santé, tout cela sans comptabiliser l’impact sur l’environnement et le manque à gagner économique, très difficiles à chiffrer.

Là encore, les disparités sont nombreuses entre les pays : les pays du Maghreb, comme le Maroc ou la Tunisie, font figure de bons élèves en terme d’accès à l’eau et d’assainissement, malgré des conditions climatiques défavorables et de très faibles précipitations. Au Maroc d’ailleurs, avec le soutien de la Banque mondiale, les autorités ont investi depuis 2008 dans la création d’infrastructures lourdes. Par conséquent, le pays attire des prestataires privés internationaux et a œuvré pour le développement de grandes entreprises, comme le groupe Ozone, qui se lancent ensuite à la conquête de nouveaux marchés, notamment en Afrique. Un véritable modèle à suivre. Surtout que de nombreux pays d’Afrique subsaharienne ayant des précipitations beaucoup plus importantes sont en retard dans l’accès à l’eau. Pour ces pays, le problème n’est donc pas la ressource, qui est bien disponible, mais son transport et le manque criant d’infrastructure. Environ 30 % des Subsahariens avaient accès à l’assainissement en 2010, la tendance n’a pas beaucoup changé. Rappelons que l’accès à l’assainissement est l’un des seuls Objectifs du millénaire pour le développement de l’ONU, où aucune progression (ou très faible) n’a été observée. Un des principaux problèmes dans les pays concernés c’est que la croissance démographique est bien supérieure aux investissements qui ne suivent pas.

Une planification qui se met lentement en place

Mais il y a d’autres explications à ces manquements : tout d’abord, et pendant un certain temps, il y a eu un manque de volonté politique, notamment pour des pays comme le Nigéria, le Congo, ou encore l’Angola, tous ayant d’importantes réserves pétrolières et souvent un stock de devises important permettant d’investir. Le Congo, par exemple, a connu quatre années d’excédent budgétaire, au cours desquelles rien n’a été fait pour l’assainissement.

Mais l’absence de volonté politique a ses exceptions, le Sénégal par exemple, a de bons rendements en matière d’assainissement, étant en avance sur la construction de stations d’épuration par rapport à ses voisins, alors qu’il n’est pas mieux doté en ressources que les pays riches en pétrole, ou encore en minerais, qui ont des taux d’assainissement lamentablement bas.

 

Ce manque d’engagement politique fait aussi qu’il y a un vide institutionnel sur ces questions. Ainsi, la Côte d’Ivoire n’a créé d’institution chargée de l’assainissement qu’en 2011, alors que le problème est bien antérieur.

Si elle est tardive, la prise de conscience politique a le mérite d’exister. Beaucoup de gouvernements africains ont réalisé la nécessité de développer l’assainissement pour améliorer la santé, le cadre de vie et la productivité et donc tirer le développement de leur pays.

Des financements de plus en plus accessibles

Cependant, l’assainissement n’est pas encore une priorité dans le budget des États, et l’investissement est aussi freiné par une corruption endémique. D’autant plus que les États investissent prioritairement dans des infrastructures d’accès à l’eau potable, mais faciliter l’accès à l’eau signifie aussi augmenter les volumes d’eaux usées à traiter… C’est un cercle vicieux.

Face au manque de devises pour investir dans le cas de certains pays, et pour ne pas mettre leurs pays dans le rouge au niveau de l’endettement, les gouvernements font souvent appels à des bailleurs de fonds internationaux. En 2014, l’Agence française de développement (AFD) a accordé une enveloppe de près de 200 millions d’euros à des projets d’assainissement sur le continent africain. À Djibouti, par exemple, où seulement un quart de la population à accès aux infrastructures d’assainissement, l’AFD finance à hauteur de 5,2 millions d’euros l’installation d’un réseau collectif, quand l’Union européenne a investi 13 millions d’euros en 2014 dans la construction d’une station de traitement des eaux usées. Mais de nombreux pays africains consacrent trop leurs efforts à mobiliser des financements auprès de leurs partenaires internationaux sans prendre en compte l’apport du secteur privé, qui offre pourtant des opportunités d’affaires importantes.

Certains pays, comme l’Algérie – qui a construit depuis le début du XXIème siècle une dizaine de décharges publiques, 177 centres d’enfouissement technique et 16 centres de tri – ont des fonds suffisants et parviennent à financer intégralement des projets d’infrastructures, mais c’est une minorité. La plupart participent dans la mesure de leurs moyens. L’État gabonais finance ainsi la moitié d’un réseau d’écoulement des eaux pluviales à Libreville en plus des fonds de l’AFD.

Un modèle économique encore à trouver

Cependant, les infrastructures d’assainissement sont aussi financées par les taxes sur la population, or pour celle-ci, c’est l’accès à l’électricité et à l’eau potable qui est prioritaire. Il faut ainsi trouver une solution au financement et un modèle économique pour couvrir les coûts d’exploitation des ouvrages, des stations d’épuration par exemple.

« La tarification doit être à la fois compatible avec le niveau des revenus de la population et cohérente avec la qualité du service », explique un expert des questions d’assainissement, reprenant l’exemple tunisien où les factures atteignent un montant raisonnable d’une quarantaine de dinars (environ 20 euros) par mois pour une grande habitation.

Comme nous l’avons dit précédemment, l’assainissement est une question cruciale, peu de métropoles africaines parvenant à collecter plus de 50 % des déchets qu’elles génèrent. La démographique et l’évolution des modes de vie rendent cette situation encore plus critique, avec des conséquences graves : essor de maladies liées à l’insalubrité, inondations, glissements de terrain et coulées de boue. Par exemple, en 2016 à Cotonou (Bénin), 16 personnes ont trouvé la mort en tentant de récupérer dans une décharge de la farine avariée sur laquelle de l’essence avait été versée.

 

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