Transport, environnement et urbanisme

Un nouvel urbanisme : allier écologie, social, et modernité

Article d’Anouk Mulet et de Jeanne Caumont

 

Les grandes villes se lancent toutes dans une course à l’intelligence, d’où l’utilisation croissante de l’appellation “Smart City”. Soutenue par l’arrivée de l’internet des objets, cette nouvelle définition de la ville change la façon dont les services municipaux sont pensés. La Smart City, intelligente et ultra connectée, est une ville qui collecte les données générées par ses habitants et ses infrastructures pour améliorer la qualité de vie des habitants et optimiser les ressources. Les premières applications concrètes sont visibles aujourd’hui : l’arrivée de la 4G dans les métros par exemple (Toulouse est la première ville à en être équipée en France) ou encore des compteurs d’électricité connectés dans les foyers, eux-mêmes reliés à un réseau électrique intelligent qui optimise la production et distribution d’électricité en temps réel dans toute la ville (appelé “Smart Grid”) …

Toulouse construit la ville du futur et expérimente, depuis 2016, un bon nombre d’innovations dans le cadre de son plan “Toulouse, Open Métropole”. Elle ambitionne d’exploiter le potentiel généré par les nouvelles technologies afin d’offrir aux citoyens une ville plus performante, plus attractive, fluide et durable.

Ce modèle de ville entend aussi répondre au phénomène d’urbanisation croissante, qui pose la problématique de la répartition des personnes et des ressources. L’Organisation de Nations Unies estime qu’en 2050, dans le monde, 2 personnes sur 3 vivront dans les villes en raison des changements démographiques observés actuellement et de la croissance démographique globale.

Des architectes, urbanistes et chercheurs réfléchissent et proposent de nouvelles façons de construire (plus haut, plus petit ou sur l’eau), de vivre ensemble et en harmonie avec une “nature citadine”. Nous vous proposons ici une synthèse des tendances architecturales, urbanistes et sociales qui émergent.

Le biomimétisme

Le biomimétisme, que certains appellent aussi bio-inspiration, consiste à imiter des modèles, systèmes et éléments de la nature dans le but de résoudre des problèmes humains complexes. Dans l’architecture, il se traduit par la conception de bâtiments en s’inspirant des formes de vie animales ou végétales qui, par des processus évolutifs, ont su s’adapter à leurs milieux.

Résidence arbre blanc (Montpellier – France)

Cette tour de 120 logements prend des allures végétales en affichant des balcons qui protègent et rafraîchissent les façades à l’instar des feuilles d’arbres.

Ensemble architectural Ecotone (Paris – France)

Ecotone se présente comme le premier grand projet globalement biomimétique en France et le plus grand bâtiment en bois d’Europe. Avec une livraison prévue en 2023, ce bâtiment, dont la façade est couverte de végétaux, est conçu pour être autonome en énergie jusqu’à 95% grâce à une combinaison de sources d’énergie (panneaux solaires, éoliennes urbaines, unités de méthanisation pour recycler les déchets organiques, dispositifs de récupération de la chaleur des eaux usées). Son design tout en verre et transparence vise en outre à se fondre dans le paysage. Grande de 82 000 m2, il prend des airs de termitière géante.

Sagrada Familia (Barcelone – Espagne)

Antonio Gaudi, considéré comme le pionnier en biomimétisme et sa Sagrada Familia, soutenue par un ingénieux système de piliers inspiré des ramifications de l’arbre, la nef centrale offre une voûte végétale plus résistante et économe en matériaux.

Stade de la Plata (Argentine)

Directement inspirés des toiles d’araignées, ces structures sont optimisées pour couvrir la plus grande surface avec le moins de matière possible.

Dragonfly (New York – USA)

Une ferme verticale inspirée d’ailes de libellule. Les deux voiles ultralégers de verre et d’acier reprennent les charges de l’édifice autour desquelles s’arque-boutent deux anneaux.

« L’impact positif de la nature diminue le stress et augmente la productivité de 10% », Steeve Ware, biologiste et architecte de l’agence Art&Build.

Le retour de la nature

Des immeubles forêts aux jardins rooftop, chaque mètre carré inexploité est une aubaine pour qui veut replacer la nature au cœur de la ville. L’ingéniosité est le maître-mot de ces projets devenus réalité et qui poussent aux quatre coins du monde.

La ferme Brooklyn Grange (New York – USA)

Ce bâtiment est la plus grande ferme du monde en hauteur avec une surface de plus de 30 000 m2.

Le parc Gardens by the bay (Singapour)

Ce parc fait partie d’une stratégie du gouvernement de Singapour visant à transformer Singapour « ville-jardin en une « ville dans un jardin ».

Les jardins flottants (Rennes – France)

Ce sont des radeaux végétalisés composés d’une structure de flottaison et d’une structure de plantation. Comme dans un système de culture hydroponique, les végétaux puisent eaux et nutriments directement dans la Vilaine.

L’économie du partage

« Nos réponses actuelles [en termes de logement] semblent insuffisantes et dépassées. Après tout, le débat sur le logement est actuellement étroitement centré sur la recherche de moyens de construire davantage de logements.

Aussi important soit-il, nous devons également réfléchir à de nouveaux modes de vie. L’essor de l’économie de partage suggère que les gens sont prêts à partager plus que ce que nous pensions. La technologie peut aider à permettre la vie partagée. »

Simon Caspersen, cofondateur de Space10, à l’origine du rapport Imagine : Explorer le nouveau monde des vies partagées.

Repenser le mode de vie actuel grâce au co-living

Les résidence co-living séduisent principalement les étudiants et les jeunes actifs. Ici chacun dispose d’une chambre privative ou en collocation et profite d’espaces partagés (cuisine, salon, bureau, salle de sport…). Le tout s’intègre dans un écosystème plus large de services et de loisirs (conciergerie, événements/animations de la communauté, services de ménage, room service…).

Ce mode de vie est aussi très flexible et sans engagement : il est possible d’y vivre au mois ou à la semaine. Pas de bail, donc moins de contraintes.

A deux pas du Vieux port à Marseille, sur plus de 4 000 m2, le premier immeuble de co-living en France est signé The Babel Community.

Aux États-Unis, le co-living est déjà bien répandu Common propose des appartements en co-living selon la ville souhaitée, le budget et la durée de séjour.

Le concept Bureaux à Partager, met en relation des entreprises ayant un espace vacant et des professionnels cherchant un lieu pour travailler.

Séoul, la capitale hyper connectée de la Corée du Sud, entend convertir ses 10 millions d’habitants à l’économie collaborative. Une plateforme web regroupe aujourd’hui tous les acteurs et tout ce qui esy à partager (voiture, outils, logements, vêtements ou encore jouets). La ville est particulièrement bien connectée aux nouvelles technologies, ce qui permet un meilleur échange entre les Séouliens. Ici, la 4G est partout, même dans les transports en commun, et la ville peut se targuer d’avoir la connexion internet la plus rapide du monde.

Au-delà de l’aspect financier et environnemental, Park Won-Soon, le maire à l’origine du concept de Sharing City souhaite redonner à Séoul une humanité qu’elle semble avoir perdue dans l’hyper-consommation.

La vie souterraine

Pour pallier le manque de logements dans les centres-villes, répondre à la forte densité dans les grandes métropoles ou encore réagir aux changements climatiques, de nombreux facteurs contribuent au développement de la construction souterraine.

L’urbanisation souterraine est l’une des stratégies adoptées par la ville de Montréal, au Canada, dans le but premier d’éviter les intempéries de l’hiver. Le Montréal Souterrain ou réseau piétonnier souterrain de Montréal (RESO) est un réseau de ville souterrain couvrant 32 kilomètres de tunnels. Il permet de relier de l’intérieur le métro à plusieurs édifices tels que des bureaux, des complexes résidentiels, des centres commerciaux, des universités ou des hôtels.

L’université féminine d’Ewha à Séoul, en Corée du Sud, comprend 70 000 m2de bâtiments semi-enterrés entièrement éclairé par la lumière naturelle.

« L’idée est de développer des racines pour nos bâtiments et pour nos villes », explique l’architecte Dominique Perrault

A Paris, 12 stations de métro restant inactives sous le sol parisien, des stations dites « stations fantômes ». L’agence d’architecture OXO Architectes a imaginé un projet d’aménagement de ces stations de métro fantômes avec une piscine, un parc, un restaurant, un night-club, un théâtre et un cinéma.

Sietch Nevada (USA)

C’est un concept de ville futuriste dans le Sud-Ouest des États-Unis qui envisage une société souterraine afin de faire face à la sécheresse constante et aux guerres de l’eau. Conçue par Matsys Designs, la ville souterraine est située dans un réseau de tunnels et de cavernes offrant protection et stockage de l’eau, créant ainsi une oasis dans le désert. La communauté souterraine comprend un réseau de voies navigables et de canaux formant une sorte de « Venise souterraine ».

Earthscraper (Mexico – Mexique)

Au Mexique, l’agence Arquitectura BNKR a imaginé un gratte-ciel inversé de 300 mètres de profondeur, baptisé Earthscraper. Selon un dispositif semblable à celui de la Pyramide du Louvre, il permettrait de s’accorder à l’architecture de la place de la Constitution, au centre de Mexico, dont les façades sont classées au patrimoine mondial de l’Unesco.

La vie sur l’eau                        

L’agence d’architecture Waterstudio développe depuis 12 ans déjà des projets sur l’eau. Elle s’est donnée comme défi de trouver des solutions aux problèmes posés par l’urbanisation et le changement climatique.

« Étant donné qu’environ 90% des plus grandes villes du monde sont situées sur le front de mer, nous sommes parvenus à une situation où nous sommes obligés de repenser notre façon de vivre avec de l’eau dans l’environnement bâti » explique l’architecte Koen Olthus de l’agence Waterstudio.

Les Pays-Bas connaissent très bien le phénomène des montées des eaux et sont très au fait des conséquences du réchauffement climatique.

Les transports volants et autonomes

Selon l’ONU Habitat, en 2050, le nombre de passagers par kilomètre sera multiplié par trois ou quatre par rapport à l’an 2000.

Éviter les bouchons et la pollution croissante, telle est la promesse des projets de transports volant dits « eVTOL » (electric vertical takeoff and landing). On ne compterait pas moins de 80 projets en cours, dont certains bénéficient de levées de fonds massives. Sur le papier, les taxis volants ont de quoi faire rêver : capables de décoller de n’importe quel parking ou toit d’immeuble, ils offrent une liberté d’action et une sécurité supérieure aux hélicoptères, tout en étant moins bruyants, plus confortables et plus faciles à piloter.

Kitty Hawk, fabricant aéronautique américain d’avions électriques, développe deux projets de voiture volantes électriques baptisés Cora et Flyer.

Opener, situé à Palo Alto aux États-Unis, planche sur le BlackFly, un étonnant engin volant en forme de T à deux branches.

Electric Visionary Aircrafts (EVA) s’est installée à Toulouse sur le site de Francazal où il développe deux modèles de voitures volantes compactes X01 et VALKYR.

Airbus invente de son côté, une technologie dans la mobilité dans la mobilité aérienne urbaine. Nommé Vahana, est le premier avion de passagers à décollage et atterrissage vertical (VTOL) certifié électrique. Airbus envisage le recours à Vahana comme un substitut du coût du transport urbain à courte portée, comme les voitures ou les trains. Le modèle est entièrement automatisé afin de minimiser les erreurs humaines et de permettre à plus de véhicules de partager le ciel.

« Le ciel offre une troisième dimension au transport urbain », assure Airbus

La verticalité

Bien que des projets de construction souterraine et sous-marine existent, les modèles de développement en hauteur semblent être plébiscités dans un futur proche par les collectivités, urbanistes et architectes. Plutôt que de construire toujours plus loin, grignotant les terres agricoles cultivables et les forêts, plusieurs pays en pleine explosion démographique portent leur regard vers le ciel.

Skycity (Changsha – Chine)

Une tour de 220 étages culminant à 838 mètres est en projet. Nommée « Skycity », elle dépasserait celle de la Burj El-Qualifa (828 m) à Dubaï, actuellement le plus haute tour du monde. Grâce à une technique de construction par modules préfabriqués, cinq étages par jour seraient réalisés, le tout en 210 jours. Un record.

La Tour Triangle (Paris – France)

Dessinée par les architectes Herzog et de Meuron, elle émergera au-dessus de Paris avec ses 180 mètres de haut.

Les micro-appartements

La densité de population record fait grimper les prix de l’immobilier… Dans les grandes métropoles, où le prix au mètre carré atteint des sommets, les micro-appartements proposent une alternative économique intéressante.

En Asie, notamment en Chine et au Japon, la pratique des appartements « capsules » est largement répandue.

En Occident, aux États-Unis, les micro-appartements existent déjà depuis 10 ans. Ils sont de véritables appartements dotés de – presque- tout le confort nécessaire. L’optimisation de l’espace et du rangement, l’ergonomie de l’appartement ainsi que la fonctionnalité sont à la base de la réflexion de la conception de ce type de logement. Des solutions telles que des lits escamotables, du mobilier intégré et des mezzanines sont souvent utilisées. En plus de leur espace privatif, les habitants disposent d’aires communes (terrasses sur le toit, piscine, salon commun, salle d’entraînement…), considérées comme le prolongement de leur appartement.

Le Carmel Place (New York – USA)

Connue également sous le nom « My Micro NY », désormais achevé est le premier immeuble à appartements de la ville de New York consacré exclusivement aux micro-unités. 55 modules préfabriqués ont été assemblés sur place, formant autant de petits appartements qui contiennent une partie cuisine, salle de bain et zone de rangement, et un espace de vie salon/chambre avec balcon. Des espaces partagés viennent compléter les prestations.

Tikku : le micro-appartement

Elle a été imaginée et conçue par le cabinet d’architecture finlandais Casagrande Laboratory afin de répondre à une problématique à laquelle se confrontent de nos jours de plus en plus de grandes villes du monde. Cette petite maison de trois étages (de 2,5 x 2 mètres) toute de bois et de verre, autosuffisante, écologique et fonctionnelle n’est qu’un prototype mais pourrait bien devenir un modèle de construction à l’avenir. A l’intérieur, on y trouve trois espaces distincts : le coin nuit, l’espace travail et, au sommet, sous une véranda, celui que l’on pourrait qualifier de « détente ». Léger problème : il n’y a donc pour l’instant ni cuisine ni salle de bain, et donc pas d’eau courante.

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