Transport, environnement et urbanisme

La ville du futur au cinéma

La ville du futur au cinéma

 

              De nos jours il est indéniable que notre vision de la ville de demain, ou encore notre représentation de ce que pourraient être les différents aménagements urbains dans les prochaines années est en très grande partie façonnée et influencée par le 7ème Art.

Si de nombreux scientifiques et ingénieurs développent des théories sur le fonctionnement logistique ainsi que l’aménagement et l’apparence de la ville de demain, les cinéastes, par leur patte artistique, se chargent de transmettre leur vision esthétique de la ville de demain.

Ces réalisateurs deviennent alors les dépositaires de notre vision de la ville du futur : qui n’a jamais rêvé se balader en voiture volante entre des grattes-ciels ? Ou encore aller au travail, non plus en métro, mais dans une capsule dépressurisée qui filerait à la vitesse du son ?

 

                    Le 7ème art offre ainsi un panel de visions futuristes de la ville qui nourrit largement l’imaginaire collectif, tant et si bien que désormais, le point de vue des cinéastes concernant la ville de demain est un incontournable. C’est pourquoi il semble judicieux d’entamer ce dossier sur l’aménagement urbain de demain et ses conséquences par une introduction qui s’attarde sur la ville du futur vue par le prisme du cinéma. Voici donc une sélection de films mettant en scène un aménagement urbain novateur.

 

Film n°1 : Metropolis (1927)

Réalisateur : Fritz Lang  

 

Metropolis est considéré comme étant le premier film de science-fiction, et donc le premier film au sein duquel une vision claire et précise de ce que serait la ville futuriste est dévoilée. Réalisé en 1927, la trame principale du film se passe en 2026. La ville est ici une ville verticale, dans laquelle les gratte-ciels ne laissent pas passer les rayons du soleil. C’est pourquoi la ville “basse” est celle où vivent les plus démunis, tandis que les plus riches vivent en haut des immeubles. C’est d’ailleurs un ressort scénaristique du film : la ville industrielle devient alors une allégorie de la société des classes, et donc de la théorie de “l’ascenseur social”. Cette vision “dystopique” de la ville trouve son écho de nos jours dans les bidonvilles surplombés par les luxueux hôtels à Sao Paulo par exemple (1).

De surcroît, on peut observer l’apparition du “métro suspendu”, solution sans doute privilégiée pour combler au manque de place au sol pour la circulation. Cet élément sera repris de maintes fois par la suite au cinéma. Metropolis se pose comme étant la première ébauche de ce à quoi pourrait ressembler la ville de demain. On note que Fritz Lang offre une vision industrielle de la ville de demain,sans doute influencé par le contexte industriel en Europe de l’Est des années 1920.

 

Film n°2 : Le Cinquième Élément  (1997)

Réalisateur : Luc Besson

 

L’histoire se déroule en 2263. Ici, Luc Besson choisit de montrer une ville en effusion permanente, où l’aménagement urbain fait la part belle au capitalisme latent qui semble avoir pris le dessus sur la société. Les robots font partie intégrante du paysage urbain, les voitures volent, il n’y a plus de routes, seulement des “couloirs” formés par les lignes de grattes-ciels. Luc Besson reprend l’idée d’une métropole verticale, ainsi que celle du métro suspendu, aperçu dans Métropolis. Là encore, le manque de place se fait sentir dans la ville du futur. Tout espace urbain semble étriqué, les gens sont les uns sur les autres … La principale problématique de l’aménagement urbain du futur aux yeux du réalisateur est donc bel et bien la gestion de l’espace. Ainsi les voitures volantes se déplacent sur plusieurs niveaux de hauteur, et des tramways se déplacent même verticalement sur les façades des immeubles. (voir extrait vidéo en annexes)

Film n°3 : Retour vers le futur 2 (1989)

Réalisateur : Robert Zemeckis

 

Sorti en salles en 1989, Retour vers le futur 2 prend place en 2015. Vous l’aurez compris, le réalisateur a entrepris d’imaginer l’aménagement urbain tel qu’il pourrait être 26 ans plus tard. La ville imaginée est donc bien différente des deux villes précédentes ! Le design des bâtiments se veut extravagant (tout comme les vêtement des citoyens), l’allure des voitures est extrêmement futuriste, et on remarque une présence d’espaces verts, d’arbres et de jardins, chose complètement absente des deux précédents films étudiés. Par ailleurs, l’histoire prend place dans une petite ville et non plus dans une métropole, ce qui explique l’absence de grattes-ciels. Du côté des transports, l’innovation majeure reste le désormais mythique “hoverboard”, sorte de planche de skateboard volante. Les voitures semblent quant à elles être des voitures autonomes.  Ce qui est intéressant dans l’étude de cette ville du “futur” est justement la date à laquelle sont censés se dérouler les évènements : le réalisateur devait imaginer l’espace urbain dans un futur proche, futur qui est désormais notre passé ! Et le moins que l’on puisse dire, c’est que sa vision est relativement éloignée de la réalité (toujours pas d’hoverboard ou de voiture aérodynamique à l’horizon malheureusement).

 

Conclusion :

 

Beaucoup d’autres villes du futur au cinéma auraient pu être étudiées : Blade runner, Ready Player One … Mais de toute évidence, les visions des réalisateurs se recoupent entre elles, toutes prenant comme modèle la ville de Métropolis telle que Fritz Lang l’avait imaginé. Globalement le réalisateur de cinéma imagine un espace urbain aménagé de manière verticale. Les grattes-ciels sont un impondérable, de même que les sempiternelles voitures volantes ; tout ceci reste néanmoins un fantasme. En effet, rien ne laisse à penser pour l’instant que l’espace urbain ressemblera à cela dans le futur. Tout d’abord, deux des trois villes étudiées ne possèdent aucun espace vert. Or, les mentalités actuelles prennent en compte l’écologie dans la conception de la ville du futur (prenons comme exemple les projets de rénovation de Notre Dame de Paris, ou encore l’essor des projets de “ville verte”). La ville du futur devra vraisemblablement faire la part belle aux espaces verts et à l’écologie dans son aménagement. Aussi, d’un point de vue technologique et logistique, rien ne laisse affirmer que des voitures volantes pourront un jour circuler librement entre les grattes ciels d’une métropole ! La tendance vise justement à réduire au maximum l’utilisation des voitures dans les grandes villes au profit des transports en communs. Dès lors, l’idée d’un “métro suspendu” peut paraître intéressante. Enfin, l’exemple de Retour Vers le futur 2 nous prouve bien une chose. Aussi séduisante soit-elle, la vision du réalisateur reste un fantasme. La ville de 2015 de Robert Zemeckis est bien loin de la ville de 2015 telle que nous la connaissons. De même, il paraît évident qu’en 2026 aucune ville ne ressemblera à celle qu’a imaginé Fritz Lang. Pourtant, si les réalisateurs se trompent certainement concernant l’aménagement urbain du futur, ils ont le mérite de soulever des problématiques récurrentes auxquelles nous devrons répondre : le manque de place, la structure sociale de la ville, la gestion des transports et des espaces verts … Voici autant de problématiques qui devraient nous préoccuper pendant encore un certain temps.

 

Annexes : 

1)

(2) https://youtu.be/P2tlgc0neAY⇒ lien vers la vidéo montrant la ville dans “le cinquième élément” de Luc Besson. Time code : de 2:08 à 3:44.

 

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