Une ville verte ?

A bien des égards, Chengdu, métropole chinoise de près de 20 millions d’habitants (aire urbaine comprise), est une ville sujette à un taux de pollution phénoménal . La capitale du Sichuan, région de l’Ouest de la Chine en plein essor, connaît un pic de croissance impressionnant, mais qui possède des répercussions environnementales tout aussi désastreuses. Lors des pics  de pollution, un épais brouillard verdâtre recouvre la ville, et oblige ses habitants à se munir d’un masque de pro

 

tection. On serait tenté de se dire que cette métropole est vouée à rester lieu de pollution, pourtant il y a un espoir. En effet, les autorités sont bien décidées à faire de Chengdu la vitrine de la politique “verte” en Chine. Et pour cela, d’immenses moyens sont mis en place pour faire de Chengdu une ville verte, à commencer par une ceinture “verte” composée d’espaces verts, de réserves et de lacs qui entoure l’aire urbaine (qui fait plus de 13 kilomètres carrés, soit plus que l’île de France).

Cela ne s’arrête pas là, puisque des projets de buildings “éco friendly” sont au goût du jour. En se donnant les moyens de leurs ambitions, il semblerait bien que Chengdu devienne à l’avenir une métropole “verte”, mettant l’écologie au centre de l’aménagement urbain de la métropole.

Ainsi, nous pouvons légitimement nous demander si ce modèle de métropole peut s’exporter à travers le monde, et quels seraient les impondérables pour constituer une métropole verte.

Une ville verte, qu’est-ce que c’est ?

 

Dans un contexte climatique préoccupant, dans un monde où l’Homme vit au dessus de ses moyens, il devient nécessaire de trouver des solutions à la question environnementale. Les métropoles du monde entier ayant leur grande part de responsabilité dans la pollution, il est logique de se pencher sur un moyen d’améliorer leur empreinte écologique. Pourtant, ce concept de “ville verte” ne date pas d’hier : dans son documentaire “Naturopolis, New York, la révolution verte”, Bernard Guerrini montre à quel point la métropole Nord américaine a su s’orienter vers un aménagement écologique dans les années 70 afin d’endiguer le surplus de pollution découlant de la croissance exceptionnelle de la ville dans les années 60. Un telle entreprise a été un succès, notamment grâce aux nombreux espaces verts et respectueux de l’environnement qui ont pu voir le jour, dans le quartier du Bronx en particulier. Aujourd’hui, la ville verte du “futur” est une ville qui saurait s’auto-alimenter en eau et énergie, et qui rejetterait le moins possible de carbone. Les énergies utilisées seraient renouvelables, et tout serait mis en place au niveau de l’aménagement urbain afin d’économiser l’eau. Toute la problématique de la chose consiste à répondre aux besoin sociaux et économiques qu’implique l’aménagement d’une métropole (pouvoir loger tous ses habitants, les nourrir, posséder des infrastructures aux normes gouvernementales ect.) tout en répondant aux enjeux environnementaux auxquels nous faisons face.

Un premier élément de réponse : Le cas de “Masdar City” à la loupe

 

Située aux Emirats Arabes Unis, Masdar City est un projet de grande ampleur, visant à créer une ville verte en plein milieu du désert. Les objectifs de cette ville sont clairs : zéro déchets, zéro rejets de carbone, prévoir l’après pétrole et bien sûr être autonome au niveau de l’approvisionnement en eau. D’ici 2030, cette ville doit pouvoir accueillir 50 000 personnes. Tout y est prévu pour optimiser les coûts en énergie, et donc être le moins énergivore possible : Les rues sont étroites et orientées dans le sens du vent dominant, ainsi elles garantiront un air frais, même en plein désert. Les façades des bâtiments seront adaptées à leur orientation, ainsi la luminosité sera optimale quelle que soit l’emplacement de la pièce.  

Les transports seront en commun pour la majorité, et totalement électriques : aucun rejet de gaz à effet de serre ! Des aménagements d’envergure pour permettre les déplacements rapides à vélo sont également à l’étude.

 

Un autre moyen de transport souterrain, le Personal Rapid Transit (PRT) est également en phase de test : ce prototype est une alternative aux automobiles et autres véhicules de transport de marchandise : entièrement autonome et électrique, sans occuper de place à la surface, serait-ce le transport du futur ?

En complément des études menées à Masdar City, un projet de ville verte est aussi en cours en Suède dans la banlieue de Stockholm. Ce projet est assez similaire à celui de Masdar City, avec en plus une solution proposée pour la gestion des déchets personnels : l’acheminement des déchets ne se ferait plus par camion mais par voie souterraine ; les déchets seraient placés dans des “tubes” et acheminés sous la surface. L’énergie nécessaire à leur déplacement servirait également de chauffage pour les maisons.

 

Une solution viable ?

 

Sur le papier, la ville verte semble être un “paradis” écologique. Enfin la technologie serait au service du développement durable. Pourtant, des questions subsistent : comment une ville en plein désert telle que Masdar City pourrait être entièrement autonome en eau ? L’exemple de la ville de Las Vegas prouve bien que fonder une ville en plein désert n’est pas sans conséquences environnementales concernant la question de l’eau …

Aussi, qui serait amené à habiter dans les “villes vertes” ? Au vu des moyens phénoménaux mis en place pour élaborer des services et des infrastructures éco-responsables, il semble légitime de se demander si tous auraient accès à ces villes, ou si celles-ci seraient réservées aux classes les plus aisées de la population, auquel cas un problème éthique se poserait : l’écologie deviendrait alors un luxe que seule une certaine partie de la population pourrait être en mesure d’accéder.  Ces critiques sont déjà émises à l’encontre du projet Masdar City, dénonçant une certaine forme d’hypocrisie dans le projet, étant donné qu’aucune estimation sur le prix du loyer sur place n’a encore été fournie.

Alors oui, sur le papier les villes vertes imaginées par les scientifiques et architectes ont tout pour séduire : respectueuses de l’environnement et des personnes qui y vivent, cela pourrait tout à fait être une alternative crédible pour l’avenir. Espérons toutefois que des moyens suffisants soient accordées à de tels projets pour ne pas les limiter à une seule catégorie de la population.

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