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Le milieu terrestre sera-t-il encore vivable ?

Par 25 janvier 2020 Pas de commentaires

Alors que Greta Thunberg monopolise une partie de la polémique à propos de l’avenir de la planète et du réchauffement climatique, que Donald Trump continue sa guerre commerciale avec la Chine, au détriment de l’empreinte écologique des deux puissances, et que l’Australie vit une catastrophe encore non vécue jusque-là; une science nouvelle fait de plus en plus d’adeptes. Il semblerait que la collapsologie est de prime abord une pratique alarmiste, voire bobo qui s’inscrit dans le même ordre d’idée que La part du colibri de Pierre Rabhi. Mais en y regardant de plus près, la science de l’effondrement, initiée dans le monde francophone en 2015 par l’ingénieur agronome Pablo Servigne, vise à faire prendre conscience à ceux qui s’intéressent au sujet, que le système économique, social politique et culturel n’est pas construit pour durer éternellement dans un monde ou les ressources naturelles sont finies. Rien d’étonnant ni de très nouveaux, nonobstant les collapsologues ajoutent que non seulement la société n’est pas durable, mais son effondrement est imminent et va voir le jour avant la fin du siècle. Une chose est sûre, le monde dans lequel nous vivons va devenir de plus en plus rude et les conditions climatiques extrême vont nous pousser à vivre dans des milieux où la vie peut difficilement subsister.

70% des espèces d’insectes qui constituent le fondement des chaines alimentaires mondiales ont d’ores et déjà disparues. La fonte du permafrost forme une boucle rétroactive qui permettrait l’apparition de nouvelles bactéries et accentuerait le réchauffement des pôles. L’essentiel de l’énergie mondiale provient d’un pétrole qui devient plus cher à extraire qu’à vendre. Le réchauffement de l’air et des océans rend le phytoplancton de plus en plus rare, à l’origine de la moitié de la production d’oxygène que nous respirons. Nonobstant, l’énumération de constats démoralisants ne permet clairement pas trouver des alternatives et des solutions pour l’avenir de l’humanité. Mais alors, que propose les collapsologues face à cette stérilisation de la planète ? Et comment ces derniers sont-ils aussi sûrs que le système actuel va s’effondrer dans un avenir proche ?

Selon Pablo Servigne, auteur du rapport pour le parlement européen sur l’avenir de l’agriculture en Europe, dont il s’est inspiré pour écrire Comment tout peut s’effondrer1 en 2015, la société a d’autant plus propension à pouvoir s’effondrer que les systèmes sont interconnectés et que l’effondrement de l’un peut déclencher un effondrement des autres. Par exemple, « L’effondrement des populations de certains pollinisateurs peut provoquer un effondrement généralisé de tous les pollinisateurs d’un écosystème, et donc peut perturber gravement les plantes qui en dépendent, c’est-à-dire les rendements agricoles. »2. Cette fragilité dans l’interconnexion des économies et des sociétés se vérifie également historiquement. La crise financière des Subprimes s’est répandue en quelques jours au-delà du continent américain parce que des Subprimes étaient depuis des mois mélangés à d’autres titres financiers, et vendus sur les marchés étrangers. Cela a in fine contribué à un grave ralentissement de l’activité économique et de la création de richesse sur tous les continents. Ainsi, c’est ce contexte d’interconnexion des sociétés qui permet d’affirmer selon les collapsologues que le système libéral dans lequel nous vivons n’a plus de longs jours devant lui. « Aujourd’hui, alors que la hauteur de l’échelle du progrès génère un certain vertige, de nombreuses personnes se rendent compte – avec effroi – que les échelons inférieurs de l’échelle ont disparu, et que l’ascension continue inexorablement, malgré eux. »3.

Ces constats alarmistes sur le devenir de notre société peuvent dès lors nous plonger dans l’incertitude, la peur et le désarroi, et nous faire prendre des décisions parfois radicales pour se prémunir d’un potentiel futur effondrement. Les survivalistes, aquoibonistes ou les nihilistes4, adoptent des méthodes individuelles ou de petits groupes pour tenter de se préparer au mieux à la vie post-effondrement. Néanmoins, Pablo Servigne, Yves Cochet5 ou encore Nicolas Hulot préconisent une politique massive pour une transition accélérée vers une société permettant une durabilité des ressources naturelles telle qu’un « Green New Deal », ou bien une sorte d’effort de guerre dans laquelle l’économie entière serait mise à profit d’un investissement massif dans les énergies renouvelables, les circuits alimentaires courts et efficaces, ou encore des politiques plus contraignantes en matière de pollution. Toutefois, tous ces actes resteront vains si un seul paradigme reste en place : celui que la croissance économique et le progrès peuvent nous permettre de trouver l’entièreté des solutions pour faire face au dérèglement climatique avant de mettre en place un système qui ne serait plus basé sur la profusion et la production excessive de biens et d’aliments. Il faut en effet d’abord accepter l’idée d’une économie écologique et résiliente. cela ne peut se faire inexorablement qu’au détriment du produit intérieur brut et de la création de richesse au sens libéral et industriel du terme. Ceux qui pensent qu’un effondrement est possible sont aujourd’hui face à un problème que la majorité de la population pense petit et marginalisé. Celui que le système pensé pour s’étendre infiniment n’est pas possible dans un monde fini. Dès lors qu’il s’agit de sensibiliser cette dernière à cette problématique, qui est sans doute la plus grosse du siècle, et celle qui met pour la première fois en jeu l’existence même de l’homme sur terre, cela remet en cause le but de la vie professionnelle, et des attentes sociales de tout un chacun.

La réponse trouvée par les collapsonautes et les adeptes de cette nouvelle pensée semble être le retour à des liens et des flux plus petits mais plus solides, les échanges économiques se faisant à l’échelle locale, pour un système plus résilient aux chocs de nos sociétés par l’environnement.

 

 

1 : https://youtu.be/5xziAeW7l6w?t=396 2 : Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne, p79 3 : Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne, p106 4 : Comment tout peut s’effondrer, Pablo Servigne, p228 5 : ancien ministre de l’environnement et président de l’institu Momentum.

première de couverture

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