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IA, Ubérisation, travailleur du clic : Une forme de néo-colonialisme ?

Par 17 avril 2020 Pas de commentaires

     

      Depuis la création d’une multitudes de sites permettant de livrer des repas, proposer des services de VTC, la vision du travail a été remise en cause. Est-ce une réelle aubaine pour ces nouveaux travailleurs ou en réalité une nouvelle forme d’esclavage moderne ?

L’industrie du clic :

Prenons l’exemple d’UberEat. Les livreurs travaillant pour cette plateforme doivent se connecter sur une application et ensuite accepter de réaliser des  courses. Ils sont rémunérés pour chaque course réalisée. Le prix de la course est fixe et on rajoute ensuite une somme qui est calculée en fonction des kilomètres parcourus. La flexibilité du travail est grande car les livreurs peuvent commencer et arrêter de travailler quand ils le veulent.

Mais en réalité, le plus grand tour de passe-passe de ces plateformes, c’est, d’une part, de faire croire aux consommateurs ou en général aux usagers qu’il y a des processus automatiques, qu’il y a des algorithmes partout, alors que, très souvent, c’est vraiment des tâches  qui sont réalisées à la main, et, de l’autre, de faire croire aux travailleurs que, d’abord, ce qu’ils réalisent n’est pas un vrai travail, ils l’appellent « un job », donc quelque chose qui est transitoire, éphémère, et qui, à terme, va disparaître.

C’est vraiment le plus grand tour de passe-passe, le fait d’annoncer, prophétiser, la disparition du travail humain, alors que ce travail humain est partout. Et pourquoi ils annoncent constamment le bouleversement de nos catégories héritées de la civilisation salariale ? Parce que, tout simplement, grâce à ça, ils évitent de rémunérer le travail à sa juste valeur, et ensuite, de le protéger, au sens de protection sociale.

Ce regard des personnes qui sont payées à la pièce pour réaliser des livraisons, la production de données, la modération de contenus, tout ça, c’est, en gros, des piéçards des temps modernes. C’est des gens qui réalisent ce qu’à une époque, on appelait du marchandage. Et le marchandage a été entre-temps, dans plusieurs pays, y compris la France, interdit.

Par contre, on réintroduit ces formes surannées de gestion de la force de travail tout en disant : “Vous n’êtes pas une force de travail au sens propre du terme. Votre travail va disparaître. De toute façon, votre travail, c’est pas vous qui le faites. Le vrai travail, c’est celui de la machine, c’est celui de l’intelligence artificielle, qui, à terme, va faire disparaître même les quelques euros que vous gagnez aujourd’hui en réalisant ce travail du clic.”

Si on regarde seulement les travailleuses et les travailleurs, on rate évidemment le fait qu’ils et elles produisent des données et que ces données servent pour produire de l’automation.

Reprenons l’exemple d’un coursier à vélo. Le coursier attend de trouver des commandes à livrer et donc finalement, attend de recevoir l’alerte, et cette alerte est aussi une donnée. Donc même à ce moment il produit de l’information. Il est aussi géolocalisé en permanence et produit donc encore des données.

Tout ça est collecté par la plateforme, Uber, en l’occurrence, qui s’en sert pour, d’une part, faire fonctionner ses services, mais, de l’autre, pour préparer des processus automatiques. Pour les chauffeurs, il s’agit donc d’utiliser ces données pour entraîner des véhicules autonomes. Pour les livreurs, on le voit dans d’autres plateformes, comme Amazon, pour entraîner des robots livreurs.

Donc on prépare l’automatisation en se servant de ces énormes masses de données produites par ces travailleurs du clic. Pour délocaliser aujourd’hui, donc pour mettre au travail des personnes qui soient moins bien payées, moins protégées, dont les droits sont moins respectés, plus besoin d’ouvrir une usine dans un pays tiers, Il suffit tout simplement d’attirer sur une plateforme des personnes qui sont des ressortissants de pays dans lesquels, typiquement, les salaires moyens sont moins importants que le pays d’origine et d’installation de la plateforme.

Ce type de logique d’asymétrie économique et politique, et certains diraient même de néocolonialisme, les plateformes l’appliquent aussi en local, c’est-à-dire dans leur pays d’installation. Donc, des plateformes américaines exploitent sans retenue des microtravailleurs, des travailleurs du clic, aux États-Unis. En France, on retrouve le même phénomène. Et donc, ça, c’est quelque chose qui pointe une sorte d’appauvrissement et d’exploitation généralisés au niveau mondial, autant dans les pays du Nord que dans les pays du Sud.

Les plateformes dites «  gratuites » :

N’importe quel utilisateur d’une plateforme, même des plateformes dites gratuites, parce qu’on ne paye pas pour les utiliser et elles ne nous payent pas, ses usagers aussi sont des travailleurs du clic, dans la mesure où elles ou ils réalisent exactement les mêmes tâches, le même type de digital labor que les personnes qui sont microrémunérées ou rémunérées pour produire de la data.

Un exemple de tâche qu’on réalise et de digital labor généralisé pourrait être le fait d’ajouter des hashtags, des étiquettes, après avoir mis en ligne une image sur Instagram ou sur Twitter. Par exemple, sur Instagram, on prend une photo, et après on ajoute des étiquettes, des labels, des qualifications, du type : “sun”, “friends”, “shoes”, etc …

Et tout ça est utilisé pour, d’une part, entraîner les algorithmes de sentiment analysis et, de l’autre, pour entraîner des intelligences artificielles qui font de la reconnaissance d’images.

Amazon propose aussi une plateforme permettant de gagner de l’argent grâce au même type de travail. Les travailleur du clic sur rémunéré par le biais de la plateforme Amazon Mechanical Turk

Sur Amazon Mechanical Turk, vous recevez une image, et vous devez par exemple ajouter des labels, des étiquettes du type : « Cette image, c’est des chaussures, c’est  le soleil, etc. », et c’est utilisé pour entraîner d’autres intelligences artificielles.

La collecte de donnée à tout prix : 

Nous pensons qu’en réalité tous les outils électroniques mis à notre à déposition nous facilitent la vie. En plus, ce qui est génial c’est que grâce à l’intelligence artificielle, toutes les technologies comme Siri chez Apple ou encore Alexa chez Amazon se perfectionnent d’elles-même. 

Un lanceur d’alerte travaillant pour une société partenaire d’Apple explique son expérience avec Apple. Siri n’est pas une intelligence artificielle ! Il explique que tout le soi-disant travail d’amélioration ou de machine learning est fait par des humains. Tout le travail soi-disant d’intelligence artificielle, ce sont des gens qui nourrissent la machine en continu.

À partir du moment où on accepte es conditions générales d’utilisation, on ne sait pas trop quelles sont les données qui sont collectées ni à quel usage.

Les micros des appareils Apple, ils sont ouverts en permanence, et les enregistrements se déclenchent de manière aléatoire.

Et donc ce lanceur d’alerte explique qu’il écoutait à longueur de journée des personnes parler de leur vie privée et discuter de choses très très intimes. Le principe était qu’il écoutait des gens qui dictaient un message ou qui parlaient à Siri. Ça, c’était le principe, mais en réalité, il y avait des tas et des tas d’enregistrements où l’assistant vocal se déclenchait tout seul. Si l’on en croit ce lanceur d’alerte, on se retrouve d’une situation similaire à l’ouvrage : 1984 de George Orwell.

Chaque employé devait analyser les audio de tous les différents produits d’Apple. Il faut donc prendre conscience que l’on peut être écouté par le biais de notre smartphone mais aussi de nos montres, écouteurs connectés et de notre assistant personnel du type Google Home.

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