Nous sommes a mon sens comme dans la fameuse allégorie de Platon, des prisonniers enchainés dans notre caverne numérique. Je ne dis pas qu’il faut arrêter d’aller sur Netflix ou Instagram, mais qu’il serait bénéfique de comprendre les dessous et dérives de ce qu’on nous montre. La mode marketing actuelle est aux produits verts parce que c’est ce que les clients demandent. Pour les géants du Web c’est la même chose, ils ne changeront que lorsque leurs consommateurs leur demanderont des comptes. Le chemin est encore long certes mais il est nécessaire de ne plus fermer les yeux face à Big Brother which is watching us.

Comment aborder les choses ? Quel discours et méthodes ? Le modèle du combat écologiste : 

Le début de la prise de conscience pour l’urgence écologique s’est faite en 1972 avec le rapport Meadows, les Limites de la croissance. Personnellement je suis sensibilisé depuis ma plus tendre enfance à l’école au tri sélectif, au concept dit maintenant désuet de développement durable. Et pourtant, j’ai l’impression que le début de la vrai conscience quasi généralisée de l’urgence semble être récente. Cela aura donc pris 30 ans. D’un autre côté il n’y jamais eu d’éducation à la face cachée du numérique alors imaginez le temps que cela va prendre, surtout qu’aucune fin du monde hypothétique ne va nous motiver à aller plus vite. Cependant, il serait peut être intéressant d’apprendre de nos erreurs dans la tentative d’éducation à la protection de l’environnement. Pourquoi la prise de conscience a mis autant de temps ? Vaut il mieux un discours alarmiste sur la dérive de notre sytème ou un discours optimiste sur les bienfaits d’une société connaissent les points positifs comme les risques et dérives. Vaut-il mieux faire peur avec un reportage sur l’affaire Cambridge Analytica ou inspirer en poussant les jeunes à coder ? Les réponses à ces questions sont centrales si nous voulons créer un réel impact.

Une clé : la simplification :

Une des raison de notre dyslexie numérique c’est que cela nous parait trop complexe.  D’ailleurs les géants du numérique en joue beaucoup notamment avec les conditions générales d’utilisation, qui sont indigestes, remplies de termes juridiques. Et moi le premier, je ne lis jamais ces conditions. Je ferme les yeux le temps d’un instant pour atteindre la plaisir d’une application qui joue avec mes désirs grâce à l’étude scientifique nommée captologie. Le journal The Atlantic dit d’ailleurs qu’il faudrait 76 jours pour lire la totalité des conditions d’utilisation que l’on rencontre en une année. Face à ce premier problème il existe un site : Terms and services, Didn’t read. C’est une liste simplifiée et lisible des sites ou applications demandant une acceptation de conditions. On y voit clairement le niveau de protection plus ou moins fort des données personnelles des utilisateurs. Ils ont même fait une extension pour moteur de recherche pour en apprendre plus à chaque fois que tu t’apprêtes cocher « J’ai lu et j’approuve ». Cette initiative permet aux personnes d’être conscientes des données captés et de se rétracter s’ils ne veulent pas laisser filer telle ou telle information. C’est grâce à des outils comme cela que nous avanceront.

L’Europe dans tout ça ? :

Pourquoi ne pas penser à une Europe pionnière dans ce domaine comme elle l’a été pour le combat écologiste ?  Elle pourrait développer la conscience numérique de ses citoyens. Mais surtout proposer des alternatives, un cadre juridique, des valeurs démocratiques dans l’espace numérique. Elle a déjà commencé avec le règlement général sur la protection des données (RGPD). Même si elle est toujours bloquée par son manque de convergence de tous ses pays membres, nous avons une carte à jouer. Notamment au sujet de l’intelligence artificielle éthiquement performante et donc présenter une alternative aux stratégies débridés des Etats-Unis et de la Chine. Mais afin de devenir cette puissance ci, il faut une population formée avec une réelle connaissance des coulisses du monde numérique. Il faut donc soutenir des projets comme celui du programme ERASMUS nommé Conscience numérique Durable. C’est un projet européen qui cherche à informer sur les enjeux environnementaux et sociaux liés aux technologies numériques qui nous entourent. Ils sont à la recherche d’enseignants pour tester leur travail dans leurs classes de secondaire. Il est nécessaire d’informer, de proposer des modèles alternatifs pour être acteur et ne plus subir.

Conclusion :

Pour en arriver là, le défi c’est donc celui de l’éducation. Trente, c’est le nombre de jours moyen que l’on passe chaque année sur Internet en France. Alors pourquoi n’existe-t-il pas une matière scolaire qui nous forme au nouvel espace sur lequel nous passons la majorité de notre temps ? Et par formation je n’entends pas maitriser Excel ou remplacer les livres par des tablettes, j’entends développer une réelle conscience numérique au même titre que notre conscience de l’urgence écologique. Comprendre les outils pour les utiliser au mieux, mais surtout en toute sécurité. Comprendre les failles d’un système qui n’était pas destiné au départ à l’utilisation qu’on en a aujourd’hui. 

 

Sources :

https://ligue-enseignement.be/rapport/projet-europeen-conscience-numerique-durable/

https://www.franceculture.fr/numerique/conditions-generales-dutilisation-le-grand-mensonge-du-web

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