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Le corps humain face à Mars

Un rêve à portée de main

Il devient maintenant récurant et habituel d’entendre des annonces concernant le voyage sur Mars et sa colonisation. Dans l’imaginaire commun, cette planète est a porté de main et il ne reste plus qu’à allumer les réacteurs d’une fusée pour y faire le premier pas.

Alors qu’une mission sur Mars devient de plus en plus probable pour les années à venir, des projets pour aller plus loin commencent déjà à fleurir. Il ne serait plus questions d’un simple aller-retour sur la planète rouge, mais aussi d’y vivre. Elon Musk a d’ailleurs dit le 25 mars 2019 : « Nous pourrons construire une ville autonome sur Mars d’ici 2050. ».

Ces dernières années, les différentes missions de reconnaissance comme l’atterrisseur Insight, consistants à repérer le terrain ainsi qu’à prélever des échantillons ont permis de se rapprocher d’autant plus de cet objectif. En revanche, pour ce qui est de poser des humains, la planète rouge semble encore très loin. Le dernier projet en date, Mars One, qui avait réuni plusieurs milliers de volontaires pour participer à cette mission historique, est tombé à l’eau à la suite de plusieurs failles scientifiques, dont des dangers pour la santé non négligeable. En effet il était question d’envoyer une vingtaine de personne dans un environnement inhospitalier, qui auraient dû braver des températures allant en dessous des -60°C.

Un article de l’Institut of Medicine (IOM) a en effet contrecarré en assurant que les risques pour la santé d’une telle mission seraient bien plus importants que ce que la NASA le soupçonnait. “Ce genre de mission exposerait probablement les membres d’équipage à des niveaux de risques connus allant au-delà de ceux autorisés par les critères actuels en matière de santé, ainsi qu’à une série de risques encore mal définis, incertains, voire imprévisibles”, souligne l’IOM.

 

Le Voyage

La première étape d’une colonisation de Mars est bien entendu le voyage qui soulève déjà des problèmes majeurs concernant notre santé. Une étude démontre d’ailleurs qu’un tel voyage pourrait tout simplement tuer les astronautes. La cause de cette dangerosité reste bien sûr le rayonnement cosmique dont les effets sont bien connus des scientifiques. Des recherches antérieures ont déjà montré que ce genre de voyage pourrait causer des dommages sur les tissus cérébraux et aussi accélérer le vieillissement des cellules (sénescence cellulaire).

En effet, après une série d’expériences sur des souris soumises au même type de rayonnement cosmique dont les humains devraient faire face durant de longs voyages interplanétaires, les scientifiques en sont arrivés à la conclusion qu’envoyer des astronautes sur Mars serait catastrophique pour leur santé. Ils ont mis en évidence le fait que les rayonnements cosmiques pourraient endommager les tissus gastro-intestinaux entraînant des altérations fonctionnelles sur le long terme. Mais ce n’est pas le pire, selon eux, les astronautes courraient un risque potentiellement élevé de développer des tumeurs dans l’estomac et le côlon. De plus, ils pensent que des dommages similaires pourraient survenir dans bien d’autres organes, bien qu’il soit encore trop tôt pour comprendre tous les effets du rayonnement cosmique sur la santé.

Les effets d’un tel voyage ont déjà été développé sur notre site plus en détail. Je vous invite pour plus d’informations à consulter l’article de Solène Abrial : Le voyage spatial quels enjeux pour la santé humaine

 

Rester sur Mars

Supposons que le voyage ne pose plus de problème, que nous puissions nous téléporter, ou supprimer les effets néfastes au cours du voyage, serions-nous finalement hors de danger une fois sur la planète rouge ? Il ne faut pas se réjouir si vite, un séjour sur mars pourrait bien être fatal pour le cerveau humain. En effet, Une étude menée par l’université de Californie à Irvine prouve que les astronautes qui participeront à l’exploration martienne pourraient bien y laisser leur santé. Des effets sur la mémoire, mais aussi sur l’anxiété, décuplée par le rayonnement cosmique qui seront toujours présent à l’arrivée sur la planète étant donnée l’absence d’atmosphère – Sur Terre, ces particules radioactives ionisantes sont déviées par la magnétosphère, qui constitue une sorte d’enveloppe protectrice. De même, la Station spatiale internationale dispose d’un bouclier inspiré de cette magnétosphère.

Ces séquelles au cerveau seraient permanentes et irréversibles. “Les données récoltées constituent là une preuve supplémentaire que les voyages lointains dans l’espace constituent une menace réelle et unique à l’intégrité de nos circuits neuronaux”, affirme le chercheur Charles Limoni. Il a également été démontré il y a quelques semaines que les astronautes partis en mission sur la Lune – et notamment les membres du programme Apollo – avaient été exposés à ce type de radiations, entraînant dans leur cas de graves séquelles cardiaques. Mais après un séjour sur Mars, les conséquences sur le corps pourraient être plus lourdes encore qu’après une visite sur notre satellite naturel, séquelles neurologiques et cancers compris : “L’exposition à ces particules peut conduire à une gamme de potentielles complications du système nerveux central. Celles-ci peuvent se produire pendant et persister longtemps après un voyage dans l’espace.”

L’agence spatiale affirmait dans une étude que lors de longs séjours en apesanteur, le cœur des astronautes a tendance à s’arrondir en raison de l’absence de gravité, ce qui n’est pas sans provoquer de graves conséquences cardiaques. A l’heure actuelle, les astronautes sont envoyés en orbite terrestre basse, où ils peuvent passer entre trois à six mois dans la station spatiale internationale. Lors de courtes expéditions, ils peuvent subir des nausées, un état de faiblesse généralisé et une vision troublée. A long terme, les conséquences peuvent aller jusqu’à des cancers radio-induits en raison de l’exposition aux rayonnements ou la perte de masse osseuse. Au total, la NASA a identifié plus de 30 risques pour la santé liés à l’espace. Or, une expédition vers Mars pourrait prendre jusqu’à 18 mois.

 

Trouver des solutions

De son côté, la NASA, qui prévoit de conquérir Mars d’ici 2030, travaille activement à trouver une solution au problème, notamment d’un point de vue matériel : “Il y a deux façons de se protéger de ces particules et de leur rayonnement secondaire : utiliser une masse beaucoup plus importante de matériaux pour les engins spatiaux traditionnels, ou utiliser des matériaux de protection plus efficaces”, a déclaré l’Agence spatiale américaine l’an dernier sur son site Web. “Le volume de matériaux entourant une structure absorberait les particules énergétiques et leur rayonnement de particules secondaires avant qu’ils ne puissent atteindre les astronautes.”

Les candidats au voyage martien devront donc prendre en compte cette donnée : ils ne sont pas encore prêts de se voir équipés de super-combinaisons, puisqu’un gros travail doit être encore fait rien que sur les habitacles.

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